Gros plan sur Laurent Perroton: 30 ans d'entraînement, de coaching et de passion 1/2

24/05/2018 à 16:44:03Morges, Patrick PittonArticle vu 51 784 fois
Rencontre avec Laurent Perroton, personnage charismatique, direct, franc et attachant qui revient sur 30 ans de vie passionnante .
© Photo Mauricette Schnider -

1987, vous réalisez votre premier entrainement en tant qu’assistant. N'est-ce pas incroyable?
J’avais 14 ans!  La raison était mauvaise selon moi: mon père était entraineur professionnel et il m’a pris comme assistant avec les Piccolos pour montrer les exercices, mais surtout pour essayer de nous rapprocher dans notre passion commune après que ma mère soit décédée dans un accident de voiture.

Très fier de ce nouveau rôle, j'ai donc préparé mes affaires, la veille du premier entrainement, avec le regard d’un ado: dernier training à la mode avec des couleurs fluo, casquette et des lacets de couleurs pour mes patins. Sauf que cette première séance a duré 30 secondes, le temps d’entendre mon père dire que la tenue devait être impeccable, le training aux couleurs et avec le bon logo... Mais aussi qu'un entraîneur à casquette était un mauvais entraineur... Bref, il m'a fait sortir de la glace immédiatement. 

Depuis, je fais toujours très attention avec mes tenues. Je n’ai jamais remis de casquette car j’ai été marqué par les propos de mon père et dès que je vois un entraîneur avec une casquette, je repense à lui. Même si souvent, c’est pour cacher une calvitie (rire) et non un problème de compétences.

1995 : vous réalisez votre première expérience en tant que Head Coach à Paris, avec des Novices élite...
Superbe expérience à seulement 22 ans que d'être responsable de la vie d’une équipe. Nous avions été en poule finale avec des joueurs sélectionnés en équipe nationale. Le début d’une vie passionnante avec la pression des résultats...

1998 : Trois ans après, vous affrontez votre première expérience en tant que Head Coach à Nice avec une équipe première...
Oui, à 25 ans, comme joueur/entraîneur avec des amis dans l’équipe. Je devais rester exemplaire sur l’attitude, la performance, savoir se mettre au bout du banc au bon moment et, en tant que coach, avoir la lucidité dans les choix. Mais aussi savoir faire un débriefing après un exercice physique difficile, garder la distance et  préserver les équilibres.... En somme, une formation accélérée comme autodidacte… (rire)

Nous avons gravi les échelons, mais j'ai décidé d’arrêter comme joueur en étant vice-champion à 29 ans pour me consacrer uniquement au coaching. Tout s'est accéléré : j'ai reçu par la suite une offre de Gap, en Ligue Magnus, en 2002. Premier match pour un derby contre Briançon. Heureusement, nous l'avons gagné et, le lendemain, je n’ai pas réussi à payer le pain et le journal tellement les commerçants étaient contents de la prestation de l'équipe. Gap est une ville de hockey avec la passion que cela engendre. En novembre, lors de la pause de l'IIHF, j'ai été invité par Heikki Leime pour être assistant de l’équipe de France A, pour l’Euro Ice Hockey à Briançon. Un grand souvenir, car nous avions gagné le tournoi.

2003, vous connaissez un changement de décors avec une arrivée en Suisse...
Je venais de prolonger à Gap pour cinq saisons lorsque j'ai fait la connaissance de Gérald Metroz. Il m'a parlé d'un poste à Lausanne, avec l'équipe fanion du Star-Lausanne en rapport avec la formation. Ce qui m'a impressionné, c'est la structure lausannoise, la ville et la place que le hockey occupe dans le cœur des fans. Je ne pouvais imaginer, après avoir vu les installations, ne pas obtenir le poste. Mais il fallait encore que le président de Gap me libère, ce qu'il a fait avec beaucoup de compréhension.

Quels sont vos souvenirs les plus mémorables en tant que joueur avec des entraîneurs?
Mon entraîneur m’avait appelé à 21 h 30, la veille d’un match pour...  pour me demander si j’allais bien. En réalité, il voulait simplement contrôler ma présence à la maison …(rire ). A 22 heures, le téléphone a à nouveau sonné. Mon coach m'a dit qu'il avait oublié de me dire bonne nuit ! Évidemment le lendemain, j’ai raconté ceci à mes coéquipiers et depuis, tous les vendredis, nous attendions un coup de téléphone de lui. 

La deuxième anecdote, un coéquipier et moi avions été punis lors d’un match à domicile et on nous avait enfermés dans la salle de force pour faire du vélo. Mais sans pouvoir jeter un œil sur le match car un garde immense nous empêchait de sortir. Mon coéquipier a demandé d’aller aux toilettes, donc j'ai continué à pédaler sous le regard de mon surveillant. A la fin du match du restant de l'équipe, je suis revenu dans le vestiaire. Mon coach est arrivé, m'a fixé du regard tout en cherchant mon coéquipier. Mais il n'y avait personne à côté de moi. Il avait en effet pris toutes ses affaires accrochées au porte-manteau et il avait marqué sur le tableau du coach: "je suis parti faire du vélo". Nous ne l'avons jamais revu.

Quels sont vos souvenirs les plus marquant en tant que coach avec vos joueurs?
C'était avec des juniors Elite A de Lausanne. Nous étions en 1/2 finale à Zurich. Cinq minutes après le match, je suis sorti de la patinoire. Mon équipe était partie courir et s’étirer pour la récupération. Les joueurs m’ont aperçu et ont fait demi-tour. Grosse erreur de leur part, car je les ai suivis à distance en me cachant. Puis, je les ai aperçus derrière une petite cabane avec des cigarettes à la main. Je me suis montré. Alors les joueurs ont caché leurs cigarettes dans leurs mains qui étaient dissimilées dans leurs maillots. Donc, je leur ai parlé un bon moment et je suis reparti. Quelques joueurs ont dû avoir des cloques sur les doigts… (rire) 

Votre meilleure période en tant qu’entraîneur?
C'était lors de mes premières années à Lausanne. La qualité des entraîneurs, la diversité des cultures et des nationalités, le nombre d’équipes et de joueurs, avoir des collègues comme Andrei Khomoutov, Alpo Suhonen ainsi que Beat Kindler pour les gardiens était fantastique. Il y a aussi le fait d’avoir été choisi par Jim Koleff pour coacher les juniors A, d’avoir obtenu des succès avec différentes générations et lorsque qu'il a déclaré dans la presse que sa plus grande fierté à Lausanne était le parcours des Elites A, cela a été pour nous une vraie reconnaissance.


Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS


Massimo Lorenzi, Comment avez-vous connu Laurent Perroton ?

A travers son travail de consultant hockey pour la RTS.

Que pensez-vous de lui au niveau professionnel? 
D'abord c'est quelqu'un de très sympa et ça compte! Ses compétences d'analyse sont certaines et il est toujours très bien préparé. Mais la télé c'est aussi une question de forme, de présence, de qualité d'expression; c'est aussi la dessus qu'un consultant est jugé par le public.

Et sur ces aspects formels il a connu une nette progression par rapport à ses débuts où on le sentait crispé par le plateau, le direct et les caméras. Il est de plus en plus à son aise dans un exercice qui n'a rien d'évident, croyez-moi.

Un message à lui délivrer ?
De continuer comme ça avec nous !


Dominique Zufferey, ancien Président du Star Forward, du Star Lausanne HC et du L4C

Dominique Zufferey, comment avez-vous connu Laurent Perroton ?
Nous cherchions en 2003, pour notre mouvement juniors de hockey de la région lausannoise, aujourd'hui L4C, un entraîneur professionnel, pour nos novices élites, entraîneur que nous allions partager, avec la 1ère équipe du Star-Lausanne (1ère ligue). Laurent Perroton, alors entraîneur en France, a prit contact avec M. Philippe Raboud,  notre directeur technique (aujourd'hui président de ligue Suisse Romande amateur) intéressé de venir en Suisse, pays où il savait que le hockey était attractif. M. Raboud a fixé rendez-vous avec M. Perroton à Lausanne pour un entretien auquel j'ai participé, c'était le 1er contact de Laurent en Suisse. Il nous a présenté son parcours, et ces motivations pour ce poste, nous l'avons écouté, et il nous a tout de suite convaincu.

Que pensez-vous de lui au niveau professionnel ?
Laurent est une personne très professionnelle, il fait de son job, sa passion, il veut être toujours informé afin d'apporter à son club, le meilleur avec les moyens qui lui sont mis à disposition. Il aime les situations claires, et respecte les personnes, mais il faut bien sûr que cela soit réciproque. Il sait ce qu'il peut demander à ces joueurs, il est exigeant avec ces derniers, comme il est exigeant avec lui même. Par ces qualités, Il a su créer autour de lui beaucoup de liens, depuis son arrivée en Suisse, que ce soit aussi bien dans le monde du hockey que celui des médias, et ceci est toujours bénéfique pour son employeur. Laurent a toujours tenu les objectifs qui lui ont été demandés, et souvent même au delà, en réussissant des résultats parfois inespérés.

Un message à lui délivrer ?
Laurent, tu es une personne que j'ai toujours appréciée et estimée, ton parcours professionnel semé d'embûches, montre à quel point tu es une personne consciencieuse et acharnée, toujours à la recherche de solutions pour améliorer les résultats sportifs de ton équipe. Mon souhait, serait de te voir, un jour diriger une grande équipe, qui possède de plus gros moyens, afin que tu puisses vraiment développer toutes tes connaissances, et démontrer tes valeurs dans ce sport que tu aimes tellement.

A suivre...

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