Reto Steinmann: «Je préfère sanctionner vers le bas que vers le haut»

17/12/2014 à 14:04:58Zoug, Christian KobiArticle vu 5 306 fois
Juge unique de la Ligue nationale depuis 2004, Reto Steinmann est l’un des personnages centraux du hockey suisse. Ancien journaliste sportif et membre du staff du Team Canada lors de la Coupe Spengler, l’homme de loi a reçu Planète Hockey dans son bureau, au bord du lac de Zoug. Il évoque dans cette première partie le contexte dans lequel il travaille et revient sur quelques cas en particulier.
© Photo Photo PH -

Reto Steinmann, il ne se passe quasiment pas une semaine sans que l’on entende parler de vous. Êtes-vous un juge unique davantage sollicité que les saisons précédentes?
Non, absolument pas. Nous avions vécu une saison avec beaucoup de cas à traiter il y a de cela deux ans. Mais la présente saison est relativement normale. Elle se situe dans la moyenne.

A quoi était due la hausse des cas il y a deux ans?
On m’a souvent posé la question, mais je n’ai jamais pu fournir de réponse satisfaisante car je n’en connais pas les raisons. Peut-être que c’était la pleine lune tous les soirs (rires). Plus sérieusement, le nombre de dossiers à traiter varie à chaque saison, mais il est difficile de tirer des conclusions à partir de cela. Car depuis la saison en question, nous sommes revenus à la normale.

On ne peut donc pas parler d’un manque de respect de l’adversaire aujourd’hui sur les patinoires helvétiques?
Au contraire. Je pense que, d’une manière générale, il y a davantage de respect aujourd’hui qu’à une certaine époque.

Si les procédures et sanctions sont fréquentes en NLA, elles sont extrêmement rares en NLB. Quelles en sont les raisons?
Nous n’avons malheureusement pas les mêmes outils de travail que pour la NLA, car la télévision ne retransmet que peu de matches. Je reçois parfois des vidéos amateurs, mais je ne peux pas les utiliser car la qualité de l’image n’est pas suffisamment bonne. D’une manière générale, j’ai le sentiment que le hockey pratiqué en NLB est très fair-play. Mais cela reste mon sentiment, car je n’ai pas les outils à disposition pour travailler de la même manière qu’en NLA.

Vous traitez souvent des cas de joueurs, mais parfois aussi ceux d’entraîneurs. Quelle est votre approche de ce sujet?
C’est toujours fâcheux de devoir s’occuper du cas d’un entraîneur, car celui-ci est censé montrer l’exemple. Bien sûr il veut aussi gagner et il peut se laisser emporter par les émotions, mais il y a une limite qui ne devrait jamais être dépassé. Je peux comprendre qu’un joueur qui a reçu un coup méchant ait envie de se venger, il y a quelque chose d’humain à cela. En revanche, l’entraîneur n’est pas sur la glace et ne reçoit pas de coups, il devrait donc réussir à se maîtriser. 

Pensez-vous que l’on devrait, parallèlement aux joueurs, également punir les entraîneurs lorsqu’un membre de leur équipe dérape?
Ce serait sûrement une solution idéale, mais elle n’est tout simplement pas réalisable. Comment voulez-vous mettre cela en place d’un point de vue juridique? Ce n’est pas possible.

Dans un autre domaine, que pensez-vous de l’idée de punir un joueur fautif pour la même durée que l’indisponibilité du blessé?
C’est irréalisable, car une petite faute peut avoir de graves conséquences et une grande faute des conséquences mineures. Cela nous ramènerait à une justice moyenâgeuse.  

En début de saison, il a été dit que les charges à la tête devaient être plus durement sanctionnées. Pourtant, on a l’impression que vous êtes relativement clément dans ce domaine jusqu’à présent…
Il y a charge à la tête et charge à la tête. Quand un joueur lève le coude un peu trop haut dans un duel, c’est une charge à la tête. Quand un joueur vient volontairement charger un adversaire à la tête à pleine vitesse, s’en est une autre. Nous analysons chaque cas différemment mais, dans l’ensemble, nous avons heureusement assez peu de cas de charges à la tête à traiter cette saison.

Mais tout de même, dans l’opinion générale, le fait qu’une agression à la tête comme celle de Mike Künzle ne soit sanctionnée que de trois matches de suspension suscite l’incompréhension. Le comprenez-vous?
La charge de Mike Künzle est ce qu’on appelle un «blind side check». Bien sûr c’est une charge contre la tête, mais ce n’est pas la même chose qu’un joueur qui vient volontairement en blesser un autre en le chargeant à la tête. Il faut différencier les deux cas.

Mais ce n’est pas évident à faire, vous l’admettez?
J’ai conscience que la plupart des gens ne font pas la différence entre les deux. Mais je peux vous assurer que dans chaque cas que nous traitons, nous nous posons la question de savoir si la décision que nous prenons est juste. Il sera toujours possible de discuter sur le quantum de la peine. C’est la même chose dans la justice pénale: doit-on mettre quelqu’un en prison pour trois ans, cinq ans ou sept ans? Il y aura toujours des discussions, c’est le système qui veut cela.


© Photo Photo PH

Il y a par contre un domaine où vous faites preuve de sévérité, c’est lorsqu’un joueur touche ou bouscule un arbitre...
Le règlement du Tribunal du sport de la Swiss Ice Hockey Federation est très clair à ce sujet: en cas d’attaque contre un arbitre, le joueur doit être sanctionné de dix matches de suspension au minimum. Et je tiens bien à insister sur le minimum. Mais il y a des cas où je me dis moi-même que c’est trop. J’essaie alors de trouver des arguments pour que la peine soit moins lourde que les dix matches prévus par le règlement.

Comme dans le cas de Romain Loeffel, puni de sept matches au début du mois d’octobre?
Absolument. C’est typiquement un cas où, si Genève-Servette avait fait recours, la peine aurait eu de fortes chances d’être revue à la hausse. J’ai le sentiment que c’est pour cette raison qu’il n’y a pas eu de recours dans cette affaire.

Le montant des amendes que vous distribuez paraît davantage symbolique que dissuasif par rapport aux salaires que touchent les hockeyeurs. Ne devraient-elles pas être plus élevées?
C’est un sujet qui fait débat. Je suis de l’avis que les amendes dans le sport doivent être en relation avec celles dans la justice civile où, pour recevoir une amende de 1000 francs, il faut déjà avoir fait quelque chose de relativement grave. Il est sûr que pour un joueur qui gagne 400'000 francs, recevoir une amende de 500 francs n’aura que peu d’incidence. L’idée d’un tarif en fonction du salaire a déjà été évoquée, mais elle est impossible à mettre en œuvre. Il faudrait que j’aie sous les yeux les contrats de tous les joueurs pour fixer le montant de l’amende. Ce n’est pas réaliste.

Vous n’êtes quasiment jamais désavoué par le Tribunal de la Ligue en cas de recours de l’une ou l’autre des parties. Est-ce à dire que les rouages actuels du système fonctionnent bien?
Je pense effectivement que le système actuel fonctionne bien. Il a l’avantage d’être rapide, ce qui est important vu la cadence des matches. Il y a toujours une marge de fluctuation dans les sanctions à appliquer et je préfère sanctionner vers le bas que vers le haut. Si je sanctionnais davantage vers le haut et que le Tribunal de la Ligue devait régulièrement corriger mes sanctions vers le bas, on lirait partout que Reto Steinmann a encore perdu ses nerfs. Il y a aussi un aspect politique là-dedans.

On l’a vu dans le cas du tragique accident dont a été victime Ronny Keller la saison passée, des prolongements sont possibles devant la justice civile.  Votre travail peut donc dépasser le cadre purement sportif...
Il y a aussi un cas dans le football récemment (ndlr: une attaque de Silvan Wieser, du FC Aarau, sur Gilles Yapi, du FC Zurich) où le FC Zurich a déposé une plainte pénale contre le joueur fautif. Il y a bien sûr des enjeux qui dépassent le cadre purement sportif dans ce genre de cas, car il peut y avoir de graves conséquences, tant humaines que financières avec des assurances qui doivent payer plusieurs dizaines de milliers de francs. Je sais que le hockey sur glace est un sport parfois dur, mais je ne dois pas me laisser gagner par la peur lorsque je prend mes décisions.

En juin, vous avez été réélu par l’assemblée de la Ligue nationale pour une durée de trois ans. Vos rapports avec les dirigeants de clubs sont donc bons?
Je pense effectivement que c’est le cas. Je les prends au sérieux et suis toujours à leur disposition en cas de question ou de problème. Le respect prédomine, même si nous n’avons pas toujours le même avis lorsque leur club est concerné dans une affaire. 


Dans une deuxième partie à lire demain sur Planète Hockey, Reto Steinmann évoquera les différentes polémiques autour de son statut de juge unique. Il expliquera également sa manière de prendre des décisions, qui sont les personnes qui l'aident dans son travail et la passion qu'il voue au hockey sur glace depuis son plus jeune âge.

Commentaires

Le reste des interviews

25/03/2018 à 11:27:23

Toni Rajala: «on est fiers d'avoir qualifié le club en 1/2 finale, mais Bienne ne se fixe pas de limite»

Deux jours après la qualification du HC Bienne pour les demi-finales, Planète Hockey vous propose l’interview de Toni Rajala, le topscorer seelandais. Avec six buts inscrits en six sorties face au HC Davos, le jovial et sympathique Finlandais est en feu. Alors que la série face au HC Lugano débutera mardi à la Tissot Arena, l’ailier de 26 ans fait le point sur ce HC Bienne ambitieux....
07/03/2018 à 12:16:39

Daniel Villard: «Durant les dernières rencontres, nous avons montré un hockey de haut niveau»

Brillant troisième du tour qualificatif, le HC Bienne s’apprête à affronter le HC Davos pour le compte des quarts de finale des play-off. Planète Hockey en a profité pour discuter avec le manager du club seelandais, Daniel Villard. Un dirigeant forcément heureux de la saison réussie par son club....
voir tous les interviews

Autres actualités

Les derniers matchs

vendredi 27 avril 2018
mercredi 25 avril 2018
mercredi 25 avril 2018
lundi 23 avril 2018
samedi 21 avril 2018
Derniers résultats
ve 27.04.18 - 0 - 2
voir tous les résultats
Fil actualités en continu
Actualités les plus lues
Derniers articles
Classement
1 CP Berne 0 j 0 pts
2 SC Rapperswil-Jona Lakers 0 j 0 pts
3 EV Zoug 0 j 0 pts
4 HC Bienne 0 j 0 pts
5 HC Lugano 0 j 0 pts
6 HC Fribourg-Gottéron 0 j 0 pts
7 HC Davos 0 j 0 pts
8 ZSC Lions 0 j 0 pts
9 Genève-Servette HC 0 j 0 pts
10 SCL Tigers 0 j 0 pts
11 Lausanne HC 0 j 0 pts
12 HC Ambri-Piotta 0 j 0 pts
voir le classement détaillé
Partenaires
Derniers tweets