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Serge Volet: «J'ai la chance de pouvoir vivre de ma passion: le hockey»

01/10/2009 à 12:05:50

La Chaux-de-Fonds, Marina Vermot Article vu 4 433 fois

Serge Volet, entraîneur des Elite A du HC La Chaux-de-Fonds et assistant de Gary Sheehan au sein de la première équipe, nous parle de son travail. Rencontre avec un homme passionné et passionnant.


Serge Volet, vous avez entraîné le mouvement jeunesse pour la première fois en 1993 à Villars: comment y êtes-vous arrivé?
En fait, c'est arrivé par surprise. Quand je jouais à Villars, le président m'a demandé un jour, en passant, si je voulais donner un coup de main pour le mouvement junior, parce qu'il avait de gros problèmes pour trouver des entraîneurs. J'ai accepté, tout en lui disant que je n'étais pas sûr d'être fait pour ça, que j'aurais sûrement besoin d'aide au début pour être capable de cadrer et d'entraîner des jeunes. Ils m'ont demandé de m'occuper des Bambinis: il y avait 3 gamins sur la glace (il y avait peu d'enfants dans le club à l'époque) et ça a simplement commencé comme ça.

Toute l'organisation avait la volonté de mettre en place un vrai mouvement junior et, cinq ans plus tard, on avait des équipes dans chaque catégorie. Tout cela était très motivant, valorisant, et j'ai tout de suite trouvé ma place. Je trouvais intéressant de développer, former des jeunes et travailler avec eux.

Vous avez suivi une formation de coach très complète, avec de nombreux cours: comment voyez-vous cette formation? est-elle indispensable?
J'ai suivi tous les cours demandés par la ligue pour s'occuper de juniors, tous les cours Jeunesse et Sport, ainsi que le cours Swiss Olympics demandé pour ceux qui ont des Elite A. J'ai trouvé très intéressant de passer par tous les échelons, dans les cours comme dans les mouvements juniors, ce qui me permet d'avoir un éventail complet des approches, des problèmes et des solutions qu'on peut développer au sein d'une organisation qui met l'accent sur la formation. Ça m'a beaucoup apporté, en confiance et en expérience. Le fait de partir de tout en bas et de prouver, à chaque échelon, ce que je pouvais apporter par mon coaching, de voir que mon travail était reconnu, c'était vraiment encourageant. En plus, j'ai aimé commencer avec les tout-petits et les accompagner jusqu'à des aboutissements comme la promotion en Elite B de Villars et Château d'Oex. Avec les jeunes de mon club, c'était le bout de ce que je pouvais faire et ensuite, après être allé voir un peu ça et là, j'ai eu l'opportunité de faire de ma passion d'entraîneur un vrai travail, en reprenant les Elite A ici et en aidant Gary à s'occuper de la première équipe.

Je trouve que c'est vraiment enrichissant de connaître tout ce parcours, depuis les premiers pas sur la glace jusqu'à la Ligue nationale. En plus, c'est clair que quand on entraîne des jeunes, il y a moins de pression que dans une équipe première, on peut plus expérimenter, chercher différentes approches et se remettre en question. Les formations que j'ai suivie m'ont vraiment aidé, d'autre part, au niveau relationnel: ça n'est pas toujours facile d'avoir un contact spontanément bon avec tous, surtout dans des groupes très hétérogènes de juniors; il faut faire le pont entre ceux qui rêvent un jour de jouer en ligue nationale, de devenir pros et ceux qui sont là pour le plaisir de jouer uniquement... ne pas freiner les uns sans dégoûter les autres, c'est une alchimie compliquée à trouver.

On dit que vous êtes intransigeant, obstiné (dans le bon sens du terme), persévérant et avez un tempérament de gagneur… est-ce le même état d’esprit que quand vous jouiez ou ça a changé?
Ce sont des traits de caractère qui restent, je suis comme ça. Mais bien sûr, avec le temps, on apprend aussi à arrondir les angles, à gérer le caractère de chacun. Dans un groupe, on ne peut pas être fermé, dire: «c'est comme ça et c'est tout»; on doit aussi composer avec les autres, tout en gardant nos objectifs à l'esprit. Ceci dit, j'ai gardé mon tempérament de gagneur. Je veux vraiment gagner... chercher le maximum, demander à tous le 120%. Sans cette volonté de vaincre, on ne progresse pas. C'est quelque chose qui fait vraiment partie de moi: accepter la défaite, c'est accepter de ne plus avancer.

Le HCC est l’un des deux clubs de NLB à posséder des juniors Elite A (avec Lausanne). A votre avis, quels sont les avantages et les difficultés de cette situation, notamment dans l’optique de l’intégration des juniors dans la 1ère?
C'est un super challenge, la concurrence est très forte et, contrairement à Lausanne, on a un petit bassin de population. Donc, amener un groupe de 20 jeunes à ce niveau, garder un groupe homogène, qui tienne le coup, c'est un vrai défi. Entre ceux qui arrêtent, ceux qui partent dans d'autres clubs et ceux qui poussent les portes de la première équipe, il y a chaque fois des ajustements, des intégrations qu'il faut gérer au quotidien. Ici, à La Chaux-de-Fonds, on a la chance d'avoir des gens qui travaillent très bien, notamment au niveau du mouvement junior, et qui permettent une excellente formation depuis l'école de hockey pour les tout-petits.

Cela nous permet d'amener bon nombre de jeunes au niveau de la Ligue nationale. En plus, il y a entre tous les échelons de l'organisation, y compris la première équipe, un bon contact, une collaboration intense, un style de jeu commun et les joueurs se sentent en confiance par rapport à ça. Ceux qui font le grand saut en Ligue nationale se sentent suivis, ils ont leur chance, même si bien sûr ça n'est jamais un pas facile à franchir, surtout si l'équipe joue les premiers rôles dans le championnat: ils ont du temps de glace, mais pas autant qu'ils voudraient... ils doivent apprendre aussi à ronger leur frein, travailler fort et saisir leur chance au moment où on la leur donne. Cela dit, certains jeunes, comme Anthony Huguenin par exemple, montrent de très belles choses en première équipe et c'est encourageant.

Parlant d’intégration, vos joueurs semblent relativement tous être de petits gabarits. Qu’est-ce que vous en pensez dans l’optique d’une intégration en Ligue nationale?
Cela n’est pas nouveau au HCC, on a beaucoup de petits gabarits, depuis longtemps. Je ne sais pas à quoi c'est dû. Mais c'est ainsi. L'avantage, c'est que nos joueurs sont rapides, techniques. Ils manquent un peu de force et de puissance et on essaie de développer cela davantage avec Gary, depuis trois ans, sans toutefois se focaliser là-dessus non plus.

On motive les jeunes en se concentrant avant tout sur leurs points forts, c'est avec ce genre d'attitude qu'on arrive à quelque chose. C'est sûr que quand on joue contre certaines équipes, comme Davos, ou Genève, avec la taille et le poids de leurs joueurs, on tombe un peu des nues... mais si on respecte le système de jeu et qu'on joue sur les atouts de nos joueurs, je le vois bien en ce début de saison, on arrive à des résultats probants, beaucoup plus que si on essayait de jouer sur d'autres tableaux.

On a lu dans la presse régionale ce printemps que les dirigeants trouvaient dommage qu’il soit si difficile de mettre en place un bon système de sport-études pour les joueurs… qu’en pensez-vous?
Aujourd'hui, un vrai sport-étude subventionné serait un vrai plus pour le sport en général, pas seulement pour le HCC, mais aussi pour toute la région et les autres sports. C'est le message que j'essaie de faire passer, aussi auprès des autres clubs: pouvoir attirer des jeunes, ou permettre aux juniors du Locle, de Saint-Imier, de Neuchâtel ou des Franches-Montagnes de se former tout en pouvant pratiquer le hockey, c'est bon pour toute une région.

Bien sûr, le nerf de la guerre reste toujours le même: l'argent. Qui va payer quoi, et comment on va organiser le travail. Le HCC fait déjà beaucoup au niveau budget, car une équipe d'Elite A, cela équivaut quand-même, financièrement parlant, à une bonne équipe de 1ère ligue. Mais le club ne peut pas tout faire lui tout seul et je crois que ça passe aussi par une volonté politique... mais il y a tellement de choses à régler, notamment avec la crise, que ce n'est sûrement pas pour demain. Malgré tout, je tiens à signaler que, de plus en plus, les écoles et les entreprises collaborent volontiers avec nous: ça nous aide vraiment beaucoup, c'est bon pour le développement de nos jeunes et nous apprécions énormément les efforts qui sont consentis, notamment pour libérer les joueurs pour les entraînements de la 1ère équipe.

En dehors de ces difficultés-là, de nombreux clubs vous «volent» de jeunes joueurs… comment le vivez-vous?  Est-ce qu’on peut y faire quelque chose?
Cela fait partie du jeu, c'est la loi du hockey suisse; c'est sûr qu'on n'est pas ravis de voir ces jeunes partir. Mais en même temps, c'est normal, les clubs qui ont plus d'argent peuvent leur proposer d'autres choses, notamment ce fameux sport-études facilité. Et même si, sur le coup, ça nous énerve un peu, on est fier de voir «nos» juniors se faire une place dans de grands clubs et certaines fois, après avoir fait leurs armes dans d'autres organisations, ils reviennent ici. Le HCC profite alors de leurs expériences. Et puis, après tout, si certains s'en vont, ça permet à d'autres d'avoir une chance, de se développer et comme nous sommes avant tout un club formateur, c'est une bonne chose.

On dit que la façon d’envisager la formation des juniors-élites est différente en Suisse allemande. Est-ce que c’est ce que vous constatez dans votre travail?
Pas foncièrement, dans le sens où, si les deux côtés de la Sarine réussissent aussi bien l'un que l'autre en Elite A, c'est bien que les formations se valent. La principale différence est qu'ici, on a peur de travailler avec les plus jeunes au niveau du physique, de faire des plans de développement et de carrière. Il faudrait le faire déjà au niveau des Minis Top. Bien sûr, il y a toujours la crainte de faire n'importe quoi et d'altérer le développement des enfants, mais si on fait très attention, qu'on est bien entourés, notamment par des médecins, il n'y a aucun problème. On peut, très tôt, même sans mettre des poids, apprendre aux jeunes la gestuelle pour développer leur force, savoir écouter et gérer leur corps, avoir une routine pour leur condition physique. Grâce aux médecins, on peut connaître leur croissance et diminuer la charge de travail pendant les périodes cruciales, c'est une collaboration importante.

C'est là que la différence entre Romands et Suisses-Allemands est grande: à 16 ans, un jeune alémanique est formé physiquement, alors qu'en Romandie on commence seulement de traiter cet aspect-là. Bien sûr, on essaie d'y remédier: pour le moment, on essaie de faire qu'un jeune qui arrive en Juniors Elite aie des bases de condition physique. Pour ça, je remercie le mouvement juniors, qui a fait un réel effort en engageant des professeurs d'éducation physique et je pense que ça va dans le bon sens des choses, car les jeunes ne sont pas surpris au moment où ils doivent passer dans la catégorie supérieure. Mais encore une fois, on ne veut vraiment pas les «brûler», le but est de leur apprendre à développer leur corps le mieux possible, sous contrôle, de façon structurée, ce qui leur permettra d'être à maturité physique beaucoup plus rapidement.

Sinon, notre côté latin fait qu'on aimerait bien sûr plus jouer, être créatif, s'amuser et moins s'occuper du physique, travailler; mais dans le hockey d'aujourd'hui, on n'a pas le choix et je suis ravi de voir que, depuis deux ans, nos Juniors commencent à comprendre que le travail et le plaisir ne vont pas l'un sans l'autre.

Et quelles sont justement les ambitions de votre équipe cette année?
Etre enfin dans les huit: on a d'abord échoué de loin la première saison, puis on s'en est approché de plus en plus à chaque fois, et cette fois on a vraiment envie d'y être pour de bon. Individuellement, certains ont comme objectifs de mettre plus qu'un pied en Ligue nationale. Mais collectivement, nous voulons absolument faire partie des huit premiers.

A court et à long terme, quelles sont vos ambitions dans le milieu du hockey?
Je suis bien là où je suis pour le moment. Je ne dis pas que je n'ai pas d'ambition, mais je m'en méfie, surtout dans le travail d'entraîneur, où elle peut être vraiment destructrice et décourageante. Là, j'ai un travail qui me motive, qui me plaît, je me sens bien à mon poste. Je pense que l'ambition vient avec les offres et avec le travail en lui-même. Il est clair que j'ai toujours envie de progresser personnellement et de faire progresser mes joueurs, mais je ne tire pas de plans sur la comète: je ne me dis pas: il faut que je sois à tel niveau dans tant d'années. C'est le meilleur moyen de se «planter».

Aujourd'hui, j'ai la chance de travailler pour le HCC, un club qui me plaît, de gagner ma vie en entraînant des jeunes et en assistant Gary Sheehan, auprès de qui j'apprends beaucoup. Je suis vraiment content, c'est fantastique de pouvoir vivre de ma passion pour le hockey!  J'aime ce que je fais, je me concentre là-dessus et je travaille au plus près de ma conscience. Et si je dois entraîner plus haut un jour, ce sera mon travail qui m'y aura amené, et pas mon ambition personnelle.

Vous avez la double casquette d’entraîneur-chef des Elite et d’assistant de Gary Sheehan. Parlez-nous de ce cadre de travail particulier et de votre collaboration.
Cela se passe super bien; c'est clair qu'il y a plus de boulot à faire, vu que je suis sur la glace tous les jours pour l'entraînement de la première et tous les soirs pour celui des Elite, mais je prends vraiment ça comme du bonus. C'est pour moi un vrai plus d'être dans ces deux équipes et je suis vraiment motivé, ce d'autant plus que ça s'inscrit dans une suite logique, finalement, que de pouvoir «suivre» des jeunes que j'ai aidé à amener jusque-là.

Bien sûr, si des matches se chevauchent, les Elite ont la priorité absolue, c'est mon poste avant tout. Dans la première, je m'occupe surtout des défenseurs, vu que c'était mon poste quand je jouais. Je leur donne des exercices spécifiques et les encadre pendant les matchs en suivant les consignes de Gary. Ils savent aussi que s'ils ont un problème, ils peuvent venir me voir et l'ambiance est vraiment agréable.

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