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Sifflés, insultés, conspués, menacés. Voilà le genre de reconnaissance auquel les arbitres sont confrontés selon bon nombre de spectateurs d’un match de hockey. Autrement dit, l’arbitre tient le mauvais rôle dans une rencontre et la moindre erreur de sa part peut faire basculer une partie. Afin de se rendre compte de la difficulté à exercer ce métier, Planète Hockey est allé à la rencontre d’un arbitre extrêmement connu en Suisse romande, à savoir le Québécois Stéphane Rochette. Celui-ci revient sur sa carrière, la maladie qu’il l’a frappé en 2006 et son travail d’arbitre qui se révèle être tout un art. Morceaux choisis.
Photo Maria Wunderlin
Neuchâtel, Florian Melchner
le 23/03/2009 à 00:00:00
Stéphane
Rochette, pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas encore,
pourriez-vous vous présenter en quelques mots tout en nous relatant
votre parcours professionnel?
Si
je commence par le début, cela fait depuis tout petit que je suis
passionné de hockey. J’ai commencé à jouer dès l’âge de trois ans et
j’ai fait tout mes juniors au Canada. Parallèlement, j’ai débuté l’arbitrage à 14 ans en sifflant dans des rencontres de juniors. Puis,
j’ai commencé mes études universitaires afin de devenir enseignant tout
en évoluant en ligue « senior » du Canada et là vint l’opportunité de
venir à Neuchâtel comme entraîneur-joueur que, évidemment, j'ai saisi.
Malheureusement, le permis B ne m’autorisait pas à jouer en première
ligue et comme je n’étais pas assez fort pour la NLB, je restais donc
en deuxième ligue, avec le club universitaire où j’y ai joué durant
huit ans. De plus, j’étais l’entraîneur en chef de la première équipe
ainsi que responsable du mouvement junior à plein temps. A l’âge de
trente ans, je me suis consacré uniquement à l’arbitrage en raison de
problèmes de dos qui m’empêchèrent de continuer ma carrière de joueur. J’ai donc
débuté en première et deuxième ligue, pour me retrouver deux ans plus
tard en ligue nationale. Ce qui est drôle, c’est que je ne m’imaginais
pas arbitre en ligue nationale car mon travail d’enseignant et
l’arbitrage de deuxième et première ligue me convenait parfaitement.
Mais tout est allé très vite et je me suis rapidement retrouvé au haut
niveau.
Justement, votre ascension en ligue nationale n’a-t-elle pas été trop brutale?
Avec
du recul, oui cela était très difficile pour moi. Au début, j’étais
nerveux. Je garde d’ailleurs le souvenir de mon tout premier match en
NLA lors de la saison 2001/02 opposant les ZSC Kions au LHC devant
12'000 spectateurs. J’étais très nerveux mais je savais que j’avais la
confiance du chef des arbitres ce qui m’a permis de passer outre.
D’ailleurs, ma première saison de ligue
nationale s’est extrêmement bien passée vu que j’ai rapidement eu des
matchs de play-offs. Donc c’était dur mais j’ai pris du plaisir tout de
même.
Effectivement,
je suis tombé malade et j’ai donc pris l’option de terminer mon contrat
me liant à la ligue et de retourner dans au Canada. En fait, si je suis
retourné là-bas, c’est parce que comme je ne pouvais plus exercer ma
passion et qu’il me restait l’enseignement. J’ai donc décidé
conjointement avec ma femme de partir pour être plus proche de mes
parents. En effet, avec l’enseignement, l’avantage c’est qu’il est
possible d’en faire sur toute la surface du globe, raison pour laquelle
nous avions décidé de repartir au Québec en été 2007. Nous y avons
acheté un restaurant et construit une maison dans ma ville natale
située près de Québec. J’ai également fait un peu de journalisme,
notamment aux championnats du monde, ce qui m’a passablement plu.
En
décembre de l’année passée, la LSHG annonce votre retour à l’arbitrage.
Expliquez nous quelles sont les raisons qui vous ont poussés à revenir
en Suisse...
Tout
simplement parce que j’avais la santé qui allait mieux et j’ai donc pris
la tangente en recommençant à m’entraîner en été 2008. En outre, j’ai
rencontré aux championnats du monde à Québec Reto Bertolotti (ndlr: le
chef des arbitres) qui m’a fait savoir que la
porte était toujours ouverte si je souhaitais revenir arbitrer en
Suisse. A la base, je ne voulais pas revenir mais comme la santé allait
bien, j’ai recommencé à siffler en ligue junior au Québec et, ayant
retrouvé mon envie et ma passion, j’ai pris contact en novembre avec la
ligue et fin décembre je prenais l’avion en direction de la Suisse.
Et comment se passe votre retour?
Je
suis agréablement surpris. J’ai retrouvé le plaisir d’arbitrer et,
actuellement, je me consacre uniquement à cela étant donné que ma femme
et mon fils sont repartis au Québec et que je ne fais plus
d’enseignement pour l’heure. Ainsi, je discute sérieusement avec la
ligue pour passer professionnel la saison prochaine, même si rien n’est
encore signé. Toutefois, mon désir serait de poursuivre l’arbitrage la
saison à venir tout en combinant cela avec ma vie de famille. Mon vœu
serait de faire de l’arbitrage à plein temps pendant dix ans si ma
santé le permet et à chaque fin de saison, je retournerai au Canada au
près de ma famille.
Si
nous évoquons maintenant l’arbitrage, percevez-vous une différence de
niveau entre votre départ de Suisse et votre retour en décembre
dernier?
Non
pas vraiment mais par contre, je remarque une différence notable avec
ce que j’ai vu en Amérique du Nord pendant plus d’un an. Les
obstructions et les accrochages sont beaucoup
plus sanctionnés là-bas qu’en Suisse, où nous somme plus permissifs. Je
ne sais pas ce qui est le mieux mais en Suisse, la tolérance zéro est
plus souple. Pour anecdote, lors de mon premier
match de NLB cette saison (ndlr : entre Ajoie et Chaux-de-Fonds),
j’avais adopté la ligne de conduite nord-américaine en dictant
énormément de pénalités ce qui fait que le staff et les joueurs me
regardaient d’un air interrogé en se demandant ce qu’il m’arrivait
(rires). Du coup, j’ai dû me réadapter à la ligne de conduite helvétique.
A
propos de la fameuse tolérance zéro, avez-vous le sentiment que cette
dernière est tombée aux oubliettes car nous sommes bien loin des matchs
où plus vingt pénalités mineures pouvaient être dictées?
Non,
loin de là. Ne vous inquiétez pas, cette dernière est toujours en
vigueur. La différence est que les joueurs s’auto-régulent beaucoup plus
qu’avant, ils font plus attention à ces gestes illicites d’où la chute
du nombre de pénalités pour les fautes de cannes comme les accrochés,
trébuchés,…etc. Ainsi, je peux dire que c’est les joueurs qui ont
reculé et non pas les arbitres.
En règle général, que pensez-vous du niveau d’arbitrage en Suisse et que faudrait-il changer pour l’améliorer?
Globalement
si je compare au reste de l’Europe, le niveau est plutôt bon, tout
comme les formations quand je vois que certains pays ont de sérieux
problèmes d’arbitrage. Ce qui manque chez nous, c’est plus d’arbitre
ayant été joueurs. En effet, un gars qui aura joué plusieurs matchs de
haut niveau aura un petit quelque chose en plus pour arbitrer car il
comprendra les joueurs, et cela je trouve que cela manque cruellement.
A mon avis, le salut de l’arbitrage en Suisse passe par cette étape,
soit trouver des anciens joueurs motivés à siffler.
Justement, pourquoi les anciens joueurs rechignent-ils tant à devenir arbitre?
C’est
une très bonne question. En fait, l’arbitre est toujours considéré
comme l’homme au rôle ingrat dans un match. J’avoue qu’ils n’ont pas
tort, car arbitrer en première ou deuxième ligue, c’est très pénible parce que nous sommes constamment critiqués et insultés pendant le match.
Néanmoins, si vous avez de la patience et que vous réussissez à monter
en ligue nationale, vous êtes respectés de tous et le salaire est
non-négligeable. Autrement dit, le passage périlleux de ligue mineure
en ligue nationale mais également le manque de motivation général en
Suisse à devenir arbitre seraient selon moi les explications
principales à cela.
En ce qui concerne les staffs des clubs et des équipes, sont-ils toujours respectueux envers vous?
Oui
indéniablement. Je sais que quand j’arrive à la patinoire, la moitié de
mon match est assurée car je suis respecté. Bien sûr, les joueurs,
entraîneurs peuvent être mécontents de l’une ou l’autre de mes
décisions mais jamais je ne me ferai insulter, justement en raison de
ce respect mutuel. Évidemment, il est impossible de tout prévoir mais
le fait d’être dans le «business» et d’être bien connu dans le milieu
contribue grandement à ce respect, cette marque de reconnaissance.
En règle générale, vos collègues sont-ils également autant respectés que vous l’êtes?
Je
répondrai en disant que tous n’ont pas le même respect car ils sont
chacun une façon d’être différente. Certains préfèrent aller au contact
des gens, comme moi, et d’autres aiment se
mettre dans leur bulle et à mon avis, cette seconde catégorie est
justement moins respectée pour cette raison. D’ailleurs, je ne sais pas
trop comment ils font (rires). Plus sérieusement, je pense aussi que le
fait d’être professionnel comme le sont Danny Kurmann et Brent Reiber
aident dans ce sens justement de respect car les gens se disent que si
l’arbitre est professionnel, c’est qu’il doit bien arbitrer.
Mais ce respect peut-il disparaître si vous omettez de siffler une grosse faute?
Non,
en ayant cette reconnaissance, l’arbitre s’évite que tout dégénère. Je
précise que s’il venait à arriver que j’oublie de donner une sanction
flagrante, j’estime qu’il faut l’avouer et ne pas le cacher car comme
le dit l’adage: «faute avouée, faute à moitié pardonnée». L’arbitre
est humain et il peut faire des erreurs et cela les équipes peuvent le
comprendre grâce à ce respect mutuel. Une chose par contre que je me
refuse de faire et que si je n’ai pas vu une faute et que j’en donne
une autre pour compenser, là c’est une très grosse erreur car cela
incite à l’énervement de tout ce qui gravite autour du match.
Que pensez-vous de l’arbitrage à quatre?
C’est
une très bonne chose car cela permet d’éviter des coups revanchards
dans le dos de l’arbitre et de diminuer le risque d’erreurs ce que
visiblement les clubs n’acceptent pas. Comme la ligue ne dispose pas de
suffisamment d’arbitre de NLA, cette dernière souhaitait compléter les
quatuors par des arbitres de NLB ce que les clubs ont refusés car
l’arbitre de seconde division fausserait le jugement de celui de NLA.
Autant dire que j’ai de la peine à comprendre cet argument qui me
semble totalement erroné car pour moi, l’arbitrage à quatre est un
progrès dont nous ne pouvons pas nous priver.
Quelle est votre opinion sur la vidéo?
Je
suis totalement pour car certaines actions sont tellement rapides qu’il
est extrêmement difficile de prendre la bonne décision. Même si la
caméra ne résout pas tout, elle peut grandement
faciliter la tâche de l’arbitre. C’est pourquoi je ne comprends pas
pourquoi les clubs de NLB se privent de ce moyen technologique pourtant
pas si cher que cela. Surtout quand nous savons qu’une décision
arbitrale peut avoir de lourdes conséquences pour l’avenir d’un club.
Lorsque vous êtes sur la glace, appréciez-vous le match?
Franchement
pas vraiment. Je suis beaucoup trop concentré pour être spectateur du
match. Je dirai que je sais lire le jeu, c’est-à-dire si le power-play
est bon ou mauvais ou si le match est rapide…etc., mais je suis
incapable d’analyser et apprécier les finesses tactiques pendant le
match.
Trouvez-vous que les linesmen ne prennent pas assez leurs responsabilités pour vous aider à donner des pénalités?
Ce
qu’il faut savoir, ce que le juge de ligne ne peut dicter que des
pénalités majeures ainsi que les surnombres et aider le head si le puck
est sorti illicitement de l’air de jeu. Maintenant, je trouve que les
juges de lignes ne prennent pas assez leurs responsabilités, oui.
J’explique cela par un manque de courage de peur des représailles
verbales quant à leurs prises de décisions. En effet, je peux vous
garantir que si un linesman siffle à l’encontre d’une équipe pour un
surnombre par exemple, le pauvre est littéralement submergé d’un flot
d’insultes quand il passe devant le banc des joueurs. Ainsi, il faut donc un sacré courage pour donner une pénalité.
Pour conclure, que pouvons-nous souhaiter à Stéphane Rochette?
La
longévité et la santé. J’aimerais exercer le plus longtemps possible ma
passion qu’est l’arbitrage et le hockey sur glace, soit jusqu’à l’âge
limite fixé à cinquante ans par la ligue.
Planète
Hockey tient à remercier sincèrement Stéphane Rochette pour sa
disponibilité et sa sympathie et lui souhaite une bonne fin de saison.
Tac au Tac:
| LAUSANNE HC | 6 | ![]() |
0 | HC SIERRE |
| CLASSEMENT NL A | J | Pts |
| 1 | EV Zoug | 46 | 91 |
| 2 | HC Davos | 46 | 90 |
| 3 | HC Fribourg Gottéron | 46 | 87 |
| 4 | CP Berne | 46 | 83 |
| 5 | Kloten Flyers | 46 | 80 |
| 6 | HC Lugano | 45 | 69 |
| 7 | ZSC Lions | 44 | 68 |
| 8 | Genève-Servette HC | 46 | 63 |
| 9 | HC Bienne | 46 | 62 |
| 10 | HC Ambri Piotta | 46 | 46 |
| 11 | SCL Tigers | 46 | 46 |
| 12 | Rapperswil-Jona Lakers | 45 | 37 |