Denis Vaucher: « Nous ferons tout pour jouer cette saison jusqu’au bout »

05/11/2020 à 18:55:28Ittigen, Vincent CriblezArticle vu 10 534 fois
Planète Hockey vous propose l’interview du Directeur de la National League, Denis Vaucher. En poste depuis août 2016, le Bernois fait le point alors que le sport qu’il représente subit de plein fouet les effets de la deuxième vague de la pandémie. Le patron de la ligue affirme que malgré la situation, tout sera mis en oeuvre pour que le championnat 2020-21 aille à son terme
� Photo Postfinance -

Denis Vaucher, permettez-nous de tout d’abord prendre de vos nouvelles, vous qui êtes au coeur d’une crise sans précédent pour le hockey suisse depuis environ huit mois. Comment le vivez-vous?
J’ai encore assez de force et d’énergie pour gérer cette crise. J’essaie de me ressourcer en allant courir le matin tôt, cela m’aide. Pour moi comme pour tous les acteurs du hockey suisse, le plus difficile émotionnellement est d’arriver à gérer tous ces changements de cap. D’abord, nous avons connu une victoire en pouvant jouer devant 2/3 des specateurs en places assises grâce à nos très bons concepts de protection. Puis, trois semaines plus tard, la jauge passait à mille personnes dans certains cantons, avant que le huis-clos ne soit à nouveau proclamé. Nous n’avons pas pu nous réjouir longtemps et le fait de ne pas savoir à quoi s’en tenir est assez usant.

Alors que beaucoup de voix parlaient d’une suspension du championnat, la National League, par le biais des 12 clubs qui la représentent, a décidé de continuer le championnat jusqu’au 1er décembre au minimum. Pourquoi une telle décision, au final ?
C’est très simple: nous devons jouer, pour notre sport, les joueurs, les fans, les médias et les sponsors. Et parce que cela coûte moins cher à un club de jouer à huis-clos que de ne pas jouer du tout. La majorité des acteurs a rapidement compris qu’il était dans l’intérêt de tous de continuer à jouer, peu importe dans quelles conditions.

Vous parlez notamment des versements des droits TV qui, en cas d’arrêt, ne tomeberaient pas dans les caisses des clubs ?
Oui, il y a évidemment ceci. Mais ce n’est pas tout: si on ne joue pas, il faudrait alors rembourser tous les sponsors, qui n’auraient plus aucune présence médiatique et les abonnés qui ne pourraient plus assister aux rencontres. Il faudrait également continuer à payer les joueurs qui, vu qu’ils bénéficient de contrats à durée déterminée, ne rentrent pas dans les critères pour toucher le chômage partiel. Bref, on comprend assez vite que nous sommes dans l’obligation de jouer, il en va de la survie des clubs. Mais cela nécessite également une aide financière.

Avez-vous reçu certaines garanties d’aides étatiques « à fonds perdu » lorsque vous avez décidé de continuer à jouer ?
En compagnie de la ligue suisse de football, nous avons eu de bonnes discussions avec Madame la conseillère fédérale Viola Amherd. Je pense qu’elle a pris conscience de la situation des clubs et que ceux-ci, comme toute autre entreprise privée, aura besoin d’aide pour pouvoir boucler la saison 2020/21. Je suis quelqu’un de positif et j’espère que, d’ici la fin de l’année, le Conseil Fédéral nous octroira ces aides.

Dans l’attente de financements à fonds perdus, le Conseil Fédéral met à disposition des prêts sans intérêts afin d’assurer les liquidités à court terme. Mais cela ne sera pas suffisant…
C’est déjà un premier pas, et surtout ces prêts se font dans des conditions acceptables. Il s’agit de 150 milllions de francs que les clubs de National League et Swiss League peuvent toucher en se basant sur un maximum de 25% des charges sportives qu’ils ont eu à subir lors de la saison 2018/19. Il faudra rembourser ces montant en dix ans au maximum. Je pars du principe que les 150 millions aideront les clubs à pouvoir payer leurs charges. Mais il est effectivement plus que souhaitable qu’en parallèle, les clubs recoivent des fonds non remboursables.

Pourtant, l’arguement sera toujours le même: ce n’est pas au Conseil Fédéral de financer les salaires surdimensionnés des hockeyeurs. Que répondez-vous à cela ?
D’abord, je réponds que les joueurs ont déjà fait des efforts pour diminuer leurs salaires pour la saison 2020/21. Ensuite, je dirais que oui, les hockeyeurs gagnent bien leur vie. Mais depuis 20 ans, ce sont les clubs qui ont payé ces salaires, sans recevoir d’aide du côté du gouvernement. Même dans les grandes entreprises, il y a des gens qui gagnent bien leur vie, est-ce qu’on le leur reproche ?  On doit considérer un club de hockey comme une entreprise privée normale. Et si l’Etat empêche cette entreprise de fonctionner normalement, alors elle a besoin d’aide.

En plus du manque de public, il y a un autre point qui pourrit le championnat jusqu’à présent : les quarantaines. De l’extérieur, on a l’impression que chaque club est traité différemment, cela dans quel canton il se trouve. Ne serait-il pas temps d’y voir plus clair à ce niveau-là ?
Si, absolument, D’ailleurs, avec Claudius Schäfer, mon homologue à la ligue suisse de football, nous sommes en pleine négociations avec les instances concernées pour uniformiser et simplifier ceci. Il n’est pas possible qu’un club soit mis entièrement en quarantaine si le concept de sécurité à été respecté et qu’il n’y a qu’un seul cas de Covid.

Quelles sont vos revendications ?
Nous aimerions que seul le joueur testé positif soit mis en quarantaine, et non toute l’équipe. Evidemment, si un autre joueur ressent des symptômes ou est également testé positif, alors il sera lui aussi mis en quarantaine. Nous aimerions plus de flexibilité. Je suis optimiste quant au fait de trouver des solutions lors des prochaines semaines et je pense que les nouveaux tests, qui donneront un résultat en 15 minutes, pourraient nous aider à aller dans ce sens.

L’idée de pouvoir réduire le nombre de quarantaines, c’est également de pouvoir impérativement placer les 52 matches du championnat dans le calendrier, c’est bien ça ?
Oui, c’est notre prioririté absolue. Moins il y aura de quarantaines, plus les chances seront grandes d’y arriver. Et je pense que nous y arriverons. Avec la Champions League qui n’aura pas lieu, mais également la périodre entre Noël et Nouvel-An, nous avons quelques dates en réserve.

Quelle est la position du votre partenaire TV, qui a acquis les droits pour un montant pluitôt important et qui ne peut que montrer des matchs à huis-clos ?
Nous sommes en constante discussion avec nos partenaires et pour ce qui est de la TV, je pense que la situation n’est pas si mauvaise que cela. Oui, le spectacle visuel n’est pas le même. Mais nous espérons que les supporters qui ne peuvent pas aller à la patinoire regarderont les matchs à la télévision.

Les prochaines décisions de la ligue quant à la suite à donner au championnat 2020/21 sont à attendre pour quel horizon ?
Au plus tard le 2 décembre, nous allons communiquer sur la suite, en fonctions des prochains événements. Je suis en discussion quasi quotidienne avec les clubs, et j’espère que les nouvelles mesures du Conseil Fédéral permettront de faire ralentir l’épidémie et de nous permettre de continuer à jouer au hockey.

Dernière question, peut-être un peu naïve... Et si tous les événement négatifs qui ont secoué le hockey suisse permettraient, une fois la crise passée, de retrouver une meilleure solidarité entre les clubs, chose quasi indispensable si la ligue veut mener à bien certaines réformes ?
Je suis en place depuis quatre ans et je pense avoir toujours ressenti de la solidarité entre les clubs. Cela a toujours été ainsi : adversaires sur la glace, collègues en dehors. Mais il est vrai que depuis le mois de mars, je sens que tout le monde tire encore plus à la même corde et c’est plus agréable ainsi. Nous aimerions amener plusieurs réformes pour la saison 2022/23, je pense notamment à un éventuel plafond salarial qui ne sera pas évident à instaurer. En ce sens, oui, la crise sanitaire pourrait nous aider pour la suite, même si financièrement je pense que les clubs vont ressentir les effets de cette pandémie durant encore 3 à 5 années.

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