Gerd Zenhäusern: «Avec Kevin Schläpfer, tout s'est passé en 20 minutes!»

23/08/2013 à 00:12:37Bienne, Christian KobiArticle vu 10 205 fois
Artisan de la promotion du LHC en NLA, après seulement cinq mois en tant qu'entraîneur en chef, Gerd Zenhäusern exerce aujourd'hui son métier au Stade de Glace, le terrain des exploits de son père, Aldo, décédé subitement en janvier 2012. Le Valaisan a accepté de retrouver un poste d'assistant, estimant qu'il avait encore beaucoup à apprendre. Aussi talentueux que modeste, il s'est volontiers prêté au jeu de l'interview et revient sur les circonstances de son rocambolesque départ du LHC.

� Photo Photo Christian Kobi - Gerd Zenhäusern pose devant le Stade de Glace

Gerd Zenhäusern, les entraînements sur la glace ont repris depuis bientôt trois semaines. Sentez-vous déjà l'excitation du début de championnat monter?
Il est clair qu'on a tous envie que cette préparation se passe assez vite, car on veut jouer des matches qui comptent. Les rencontres de préparation c'est bien pour se trouver, surtout qu'il y a passablement de nouveaux joueurs dans l'équipe, mais tout le monde a envie que le championnat commence.

Quel a été votre programme depuis votre arrivée à Bienne?
Comme je reste habiter dans la région de Fribourg, à Courtepin exactement, je n'ai rien eu besoin de déménager à Bienne. Je fais les trajets quasiment tous les jours, sauf après les matches où je reste dans le studio que le club m'a mis à disposition au centre-ville.

Cela vous évitera donc de dormir sur un lit dépliant, comme ce fut le cas en fin de saison dernière dans votre bureau à Malley...
Je dois avouer que cette situation ne m'a pas dérangé, car j'étais un peu dans ma bulle à ce moment-là. Finalement, j'ai quand même eu la chance de dormir dans la plus grande maison du canton de Vaud (rires). Et je ne suis sûrement pas le premier ni le dernier entraîneur à dormir dans une patinoire...

Pouvez-vous déjà tirer des enseignements des  premiers matches de préparation du HCB?
Il est encore trop tôt pour analyser les performances des joueurs. Certains d'entre eux performent bien pendant les matches de préparation, car ils ont moins de pression que durant la saison, mais peinent ensuite dès que le championnat reprend. Pour d'autres c'est l'inverse. Je pense qu'il faudra attendre au minimum un tour de championnat avant de tirer un premier bilan des performances individuelles.

Vous avez été l'assistant de John Van Boxmeer à Lausanne, vous êtres désormais celui de Kevin Schläpfer à Bienne. Deux personnages a priori très différents...
Mais ils se ressemblent tout de même sur un point: l'envie de gagner! C'est d'ailleurs le point commun entre tous les entraîneurs. La grande différence entre les deux se situe surtout au niveau de l'expérience de coaching. John Van Boxmeer fait ce métier depuis plus de trente ans, Kevin Schläpfer depuis quelques années seulement. Et ce sont évidemment deux personnalités très différentes, notamment dans leur façon de communiquer avec l'équipe. Kevin est beaucoup plus proche des joueurs, il les connaît depuis longtemps, il a même joué avec certains d'entre eux. Mais j'apprécie les deux: c'est grâce à John que j'ai pu rentrer aussi vite dans le professionnalisme. J'ai beaucoup appris à ses côtés, tous les jours. Et là de nouveau, je suis en train d'apprendre, avec un autre style d'entraîneur cette fois-ci.

Concrètement, qu'est-ce que cela change d'être l'assistant de John Van Boxmeer et de Kevin Schläpfer?
Il y a beaucoup de différences. Lorsque je suis arrivé à Lausanne, j'étais nouveau dans le milieu. J'avais un immense respect pour John, je l'écoutais beaucoup et de temps en temps je donnais mon avis. Avec Kevin c'est différent. J'ai vécu quasiment une saison entière dans la peau d'un entraîneur en chef, et même si c'était une courte expérience, je vois désormais mieux ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. L'implication est plus grande pour moi, j'essaie de donner mon avis un peu sur tous les registres. Et Kevin m'écoute beaucoup, transmet mes idées à l'équipe, ce qui est très valorisant pour un entraîneur-assistant. 

A quand remontent les premiers contacts avec Kevin Schläpfer et avez-vous tout de suite eu un bon feeling?
Avec Kevin, tout s'est passé en 20 minutes! En fait, Jan Alston (ndlr: le directeur sportif du LHC) m'a annoncé le jour-même du premier match de la finale contre Olten que Heinz Ehlers avait signé pour deux ans. Au retour de ce premier match, que l'on a gagné, je me suis posé la question de savoir si j'avais vraiment envie de revenir en arrière, dans le même club, avec les mêmes joueurs. Et puis, la saison n'était pas encore finie, ce qui veut dire que les dirigeants n'ont jamais vraiment cru en mon projet. C'est pourquoi ils ont préféré signer un entraîneur plus expérimenté avant même la fin de la saison. Dans le fond cela ne me pose aucun problème que le club ait pris les devants, mais le timing n'était vraiment pas bon. 

Où vous ont amené vos réflexions après ce premier match de la finale?
Le lendemain je me suis dis qu'il fallait que je regarde pour moi. Et j'avais cette idée dans un coin de la tête d'appeler Kevin Schläpfer, car il est avec Arno del Curto un de mes deux modèles d'entraîneur suisse. Ils sont pour moi la preuve que les entraîneurs suisses ne sont pas moins bons que les autres, que l'on peut aussi y arriver. De plus je n'avais lu nulle part que Bienne avait déjà engagé un entraîneur-assistant. Kevin a été surpris par mon appel, mais il m'a tout de même demandé de passer à Bienne. On a discuté 20 minutes et il m'a dit qu'il me voulait comme assistant. L'affaire était réglée. 

La manière d'agir des dirigeants du LHC, vous l'avez pris comme un manque de respect à votre égard?
Je ne dirais pas cela de cette manière. Il ne faut pas oublier que j'étais nouveau dans le milieu. Je parlerais plutôt d'un manque de croyance dans le projet que Mike McNamara et moi portions. Après tout, c'est légitime: qui aurait pu croire qu'après toutes ces tentatives, avec tous ces entraîneurs qui ont échoué, nous arriverions à être promus cette saison-là? C'est un peu la même chose que Kevin Schläpfer finalement: qui aurait cru lorsqu'il a repris l'équipe qu'il l'amènerait deux fois de suite en play-off? Sûrement pas grand monde, voire personne! J'ai par contre beaucoup moins de compréhension pour tout ce qui s'est passé après, tous ces mensonges, ces cachoteries, alors que tout le monde savait que Heinz Ehlers avait déjà signé.

Avec quels sentiments avez-vous quitté Lausanne?
Je ne suis pas parti avec un sentiment de haine ou quoi que ce soit dans le genre. J'ai eu une opportunité unique d'entraîner cette équipe, ce qui était un rêve déjà bien avant que j'arrive à Lausanne. Ce rêve s'est finalement réalisé assez vite, et de pouvoir amener cette équipe en NLA c'est tout simplement extraordinaire. Je n'oublierai jamais ces moments, et je n'ai pas envie d'en vouloir à qui que ce soit. Même si aujourd'hui je suis dans le camp d'en face, je tiens à ce club et ça restera toujours un peu mon chez moi.

Le premier match du HCB à Malley, le 24 septembre, aura forcément une saveur particulière pour vous...
Ca sera évidemment très spécial. C'est déjà une très bonne chose d'aller jouer à Malley, car ça veut dire que le LHC est en NLA (rires). Je me réjouis déjà de revivre cette ambiance, dans cette patinoire. Mais une chose est sûre, je n'irai pas là-bas en me disant "je vais leur montrer", surtout pas. J'irai là-bas pour apprécier cette ambiance de Malley, où j'ai vraiment passé de bons moments, et si possible pour ramener une victoire...


� Photo Photo Maria Wunderlin
Gerd Zenhäusern félicité après la promotion du LHC
Pour en rester au LHC, à quel moment avez-vous commencé à croire que la promotion était réalisable?
Lorsque j'ai repris l'équipe, je n'y pensais sincèrement pas. Mon objectif était le titre de champion de NLB, et j'y croyais, puis de prendre cette énergie avec pour aller défier l'équipe de NLA. Mon assistant, Mike McNamara, me parlait déjà après une semaine des équipes de NLA que l'on pourrait affronter en barrage. C'est quelqu'un qui y croyait vraiment, qui regardait vers le haut, alors que moi j'étais plus prudent. J'ai sincèrement commencé à croire en la promotion après le premier match du barrage, que nous avions perdu à Langnau. Nous avions très mal joué, comme depuis longtemps plus, et nous avions perdu de peu. Je me suis dis que si on réglait un peu les choses on pouvait y arriver.

Comment avez-vous vécu, la saison dernière, votre passage d'entraîneur-assistant à celui d'entraîneur en chef?
C'est un autre boulot, ça n'a rien à voir. Comme assistant tu essaies d'apporter un soutien, un autre avis, mais comme entraîneur-principal tu décides de tout: l'intensité des entraînements, leur longueur, les lignes, le power-play, qui joue aux buts, quels étrangers seront sur la glace ou dans les tribunes,... Du coup tu penses au hockey toute la journée. Comme assistant tu travailles davantage les détails, tu parles plus aux joueurs, mais au final c'est toujours l'entraîneur qui décide.

Cette dose de travail et toutes les responsabilités qui vont avec, ça vous a surpris?
Pas vraiment, car je voyais tout le travail que faisait John Van Boxmeer. J'ai assez vite constaté que ça n'avait rien à voir. En tant que coach principal tu dois assumer chaque décision que tu prends, car tu es le premier visé en cas d'échec. Et en même il ne faut pas trop y penser, sinon tu ne coaches plus.

La suite de votre carrière, vous la voyez plutôt dans la peau d'un assistant ou dans celle d'un entraîneur en chef?
Quand on a été chef, et qu'on a aimé ça, on veut le redevenir. J'ai envie à un moment donné de décider à nouveau ce que je veux faire. Je ne suis actuellement pas encore dans ce rôle-là, car j'estime avoir encore beaucoup à apprendre, surtout en NLA. Mais l'idée de redevenir entraîneur en chef me tente, c'est sûr, mais cela n'est pas planifiable. D'ailleurs je n'avais jamais planifié de prendre les commandes du LHC après une année en tant qu'assistant.

En parallèle à votre activité au HCB, vous avez également intégré depuis cette saison le staff de l'équipe de Suisse M20. Aviez-vous vous peur de ne pas avoir assez de travail à Bienne?
(rires) C'est une opportunité qui m'a été offerte que je ne pouvais qu'accepter. C'est une expérience en plus dans ma carrière et j'ai envie de voir comment ça se passe au niveau international. Pouvoir assister à un championnat du monde des M20 aux côtés de Sean Simpson et Colin Muller est quelque chose de très enrichissant pour un jeune entraîneur comme moi. Je dois remercier au passage les dirigeants du HCB et Kevin Schläpfer, car c'est grâce à eux que je pourrai vivre cette expérience. Ils ont accepté de me libérer malgré la saison difficile qui s'annonce. J'espère que ça ne va pas affecter le travail quotidien avec l'équipe, c'est un peu à double tranchant.

La saison dernière, l'entraîneur-assistant du HCB Dino Stecher (ndlr: désormais entraîneur des Sharks de Bâle) était avant tout en charge de la défense. Quel sera votre rôle à vous?
Le rôle de coacher les défenseurs pendant le match me reviendra, comme c'est un peu le cas partout ailleurs pour les assistants. En revanche, pour tout ce qui se passe avant et après le match, on analysera tout ensemble avec Kevin, tant l'attaque que la défense, le power-play, le box-play, etc.

La défense biennoise a perdu plusieurs éléments importants, tels Thomas Wellinger, Clarence Kparghai ou encore Anthony Huguenin, sans parler de l'irremplaçable Reto Berra dans les buts. Pensez-vous que des joueurs comme Kevin Fey ou Claudio Cadonau, qui viennent de NLB, seront à la hauteur pour les remplacer?
C'est une très bonne question, que l'on doit se poser. En même temps je viens aussi de la NLB, du coup j'ai du mal à évaluer la situation par rapport à leur niveau. Je sais que ce sont de très bons défenseurs, mais je ne peux pas dire aujourd'hui s'ils vont tenir la route par rapport à un niveau de NLA. Dans le même temps on sait tous que cette saison va être extrêmement difficile, car il y a eu beaucoup de changements dans l'équipe et il faudra rapidement  trouver des automatismes. Mais cette équipe a beaucoup de caractère et je suis convaincu que cela peut fonctionner.

Le HCB a réussi à se qualifier deux fois de suite pour les play-off, un exploit compte tenu des moyens à disposition. L'équipe a-t-elle les moyens de réussir la passe de trois?
Si tout le monde y croit et tire à la même corde, je pense que c'est possible oui. Nous savons que nous n'avons pas des joueurs qui pourrons faire la différence à eux euls pendant les matches, nous devrons donc puiser notre force dans le collectif.

Justement, ces dernières années Kevin Schläpfer a beaucoup mis en avant l'état d'esprit qui régnait dans son équipe. L'avez-vous senti en arrivant à Bienne?
Je ressens qu'il y a ces anciens qui sont là depuis longtemps, comme Mathieu Tschantré, Emanuel Peter, Gianni Ehrensperger, Philipp Wetzel ou Manuel Gossweiler, qui sont des gars qui ont un fort caractère, qui bossent énormément. Ces gars-là ne sont pas des stars, ils viennent à la patinoire pour travailler. Du moment où eux ont cet état d'esprit, tout le monde suit et se rattache à ce groupe, même les étrangers. C'est ça qui m'a surpris en bien en arrivant à Bienne. J'ai alors compris pourquoi cette équipe est parvenue à atteindre les play-off deux fois de suite, parce qu'elle a cette attitude exemplaire et qu'elle sait se remettre au travail dans les moments difficiles.


� Photo Photo Christian Kobi
Gerd Zenhäusern dans son bureau à la patinoire
A Bienne, le nom de Zenhäusern est étroitement lié à Aldo, votre père, qui a marqué l'histoire du HCB en remportant notamment deux titres de champion suisse, en 1978 et 1981. Revenir sur le terrain de ses exploits, c'est quelque chose qui vous tenait à cœur?
C'est quelque chose de spécial pour moi, mais qui n'était pas planifié. J'ai vécu durant six ans à Bienne et entre 5 et 7 ans j'étais tous les jours à la patinoire. Je me souviens très bien, c'est le père de Köbi Kölliker qui m'attachait les patins pour que je puisse faire mes tours de patinoire. Je connais très bien tous les coins de la patinoire, qui n'a pas changé, et lorsque je regarde vers le bar derrière les plexiglas je vois l'image de mon père qui soulève la coupe. Ca me fait plaisir de rejoindre non seulement une équipe de NLA, mais en plus ici à Bienne où je retrouve des gens qui me disent qu'ils m'ont connu à l'époque où j'étais tout petit.

Avez-vous vous des souvenirs de cette époque, de certains matches au Stade de Glace?
Je me souviens très bien de cette époque. Egalement des vestiaires, de l'endroit où mon père était assis. Je ne pensais pas que ces vestiaires étaient encore quasiment les mêmes, ça m'a un peu surpris. Je me souviens également très bien du dernier match en 1978 lorsque le HCB est devenu champion suisse et que j'ai pu faire un tour d'honneur avec mon père. Un moment inoubliable!

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