Jean-Marie Viaccoz: «Même les clubs de LN admettent aujourd'hui que la MSL est un bon produit»

11/06/2019 à 23:33:18Zinal, B. MelliardArticle vu 2 615 fois
Avant son départ annoncé des instances de la Regio League après 20 ans de bons et loyaux services comme Président du hockey amateur suisse, Jean-Marie Viaccoz nous a accordé une large interview sur des sujets aussi importants que les jeunes, la formation, mais aussi la MSL ou le devenir des clubs de 1ère Ligue.
© Photo PH -

Après 20 années de présente dans les instances de la Regio League, vous avez annoncé votre démission. Pourquoi s’en aller maintenant ?
C’est pour moi le temps de passer la main, de laisser à d’autres le soin d’avoir d’autres idées et d’autres objectifs. Je pense que j’ai fait un peu le tour du problème et aussi, j’arriverai à l’âge de la retraite au mois de septembre. C’est donc le moment de partir.

Dans votre agenda, il reste cependant l’organisation des Championnats du monde l’an prochain…
J’ai pris les championnats du Monde parce que l’on me l’a demandé. Je tiens aussi à le souligner : la demande vient des grands clubs de Suisse. C’est peut-être une chance pour un Romand de pouvoir se pointer et aussi, de voir aux commandes quelqu’un qui vient de la Regio League et qui a l’habitude de voir les choses autrement. Il ne faut pas oublier que le but des championnats du monde est aussi de faire progresser le hockey suisse, de faire augmenter le nombre de licences et de réaliser ce genre de choses-là.

Peut-on avoir l’ambition de faire en Suisse ce qu’un pays très comparable comme la Suède fait ?
Bien sûr qu’il faut en avoir l’ambition !  Il faut aussi que les grands clubs se rendent mieux compte que les clubs comme ceux de Regio League sont à la base de la pyramide. Parfois, ils font la sourde oreille lorsqu’il s’agit de se partager l’argent des droits TV, ce que je peux comprendre car ce sont eux les clubs professionnels. Mais beaucoup de ce qui est fait en matière de formation est le fait de la Regio league.

On a un système de compensation financière pour les transferts de joueurs venant de Regio League. Ce système est-il satisfaisant ?
C’est comme tous les systèmes, ils peuvent être améliorés et modifiés. Rien n’est écrit dans le marbre.

Sachant que le 90% des activités de hockey en Suisse est constitué par le hockey amateur, est-il suffisamment médiatisé pour que l’on se rende compte que c’est une part importante du hockey ?
Je pense que ce n’est pas si mal. On peut vouloir plus, mais le hockey amateur est le faits des parents, des tontons, des tatas qui sont autour des jeunes joueurs et qui se lèvent le matin pour les amener à la patinoire. C’est difficile aussi d’avoir une grande médiatisation car les médias restent avant tout intéressés par le sport phare qu’est la Ligue Nationale. Ce que l’on peut comprendre.

Mais quand on prend le cas des Elite A, ces matchs d’un bon niveau sont joués devant 150 spectateurs en gros. Au Canada, ce sont des milliers…
Comparaison n’est pas raison. La culture ni la population ne sont les mêmes. Ensuite certains médias locaux ici ou là-bas jouent bien le jeu. Pour moi qui suis Valaisan, le « Nouvelliste » nous donne chaque semaine sur chaque ligue des résultats et y consacre des articles d’avant ou d’après-matchs. D’autres médias pourraient peut-être en faire un peu plus, même si ce n’est pas évident au vu des pressions économiques.

On voit que le nombre de jeunes licenciés a tendance à diminuer ces dernières années, notamment chez les jeunes et le nombre de clubs tendanciellement l’est aussi. Que faudrait-il faire pour inverser cette tendance ?
D’abord, il faut se poser la question de savoir pourquoi ce nombre de licenciés a tendance à diminuer. Ce n’est pas le coût des licences, ce n’est pas le coût des installations. Ce qui presse les parents, c’est d’avoir le souci de devoir se lever pour amener le gamin à la patinoire. Ce n’est pas évident. Avec une voiture, si l’on prend un sport comme le football, vous amenez cinq gamins sans peine. Avec le hockey, vous n’arrivez pas à cause des sacs ! Ce qui veut dire qu’il faut que plus de monde se déplace. Ce n’est donc pas évident, d’autant plus que ce sont des périodes de l’année peu agréables.

Ensuite, il y a beaucoup plus de sports et de possibilités de loisirs qu’avant. Et enfin, les enfants se lassent vite de tout. On attaque le hockey et si cela ne va pas, on attaque le badminton ou le tennis par exemple. C’est un peu la vie actuelle qui veut que les choses changent rapidement.

Dans l’esprit de beaucoup de mamans, le risque de blessure est craint, même s’il est minime en-dessous de 12-14 ans…
Je pense qu’il y a plus de maladresse que de risques dans les débuts. Les coups peuvent être durs, mais les gamins sont quand même bien protégés. C’est normal que les mamans couvent leurs enfants, mais je ne pense pas effectivement qu’il y ait beaucoup d’enfants blessés à cet âge-là.

Encore faut-il le dire, non…
Oui, mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mais je pense plutôt que ce n’est pas très « fun » que de se lever son gamin vers 5-6 heures pour l’amener à la patinoire.

Estimez-vous que les instances de la Regio League sont suffisamment à l’écoute des problèmes des petits clubs ?
Ce n’est peut-être pas toujours le cas, on a fait des efforts. Mais à un certain moment, il faut aussi avancer un pas devant l’autre. Les petits clubs viennent parfois avec des revendications, par exemple sur le prix des licences, sur des aspects de licences A ou B ou sur les licences d’entraîneurs. Or parfois des clubs accordent des relativement gros salaires à des joueurs et ensuite discutent sur les prix des licences pour se rattrapper. J’espère que le prochain CA de Regio League sera encore plus à l’écoute.

Peut-être que nous avons amené beaucoup de chantiers ou d’idées en même temps, comme la MySports League ou la 1ère Ligue rassemblée en deux groupes, et que tout ceci a amené beaucoup de tourments en allant un peu vite. Et peut-être faudra-t-il quelques années de pause pour permettre à chacun de s’acclimater à ces nouveautés. La 1ère Ligue romande pose des questions et s’inquiète, mais n’a pas toujours suivi les débats : tout a été mis sur la table, on a voté et les clubs ont accepté. Peut-être que cela a été trop vite pour eux.

Ensuite, il ne faut pas oublier que dans les clubs de Regio League, les dirigeants changent : ceux qui ont accepté tel ou tel point il y a trois ou cinq ans ne sont peut-être plus là et le suivi n’a parfois pas été donné.

Les fins de saison en ligue inférieures, notamment avec les play-offs, sont parfois lourdes. Que peut-on faire pour y remédier ?
Quand on a bâti la MySports league, on a cherché à diminuer le nombre de matchs en 1ère Ligue. Or souvent ce sont les clubs eux-mêmes ou leurs entraîneurs qui souhaitent un minimum de 30 à 40 matchs. !  Notre idée de départ était que les clubs qui avaient les budgets les plus hauts, de l’ordre du million, aillent avec la MSL alors que les autres fassent un championnat moins compétitif et moins long. Or on s’aperçoit que les clubs veulent tous des championnats longs. Je leur dit « faites moins de matchs » pour rester dans l’idée de départ.

Financièrement, les saisons sont lourdes à digérer en 1ère Ligue, qui dépendent pour beaucoup du mécénat, qui a ses limites…
C’est pour cela que notre idée était de réduire le nombre de matchs et d’essayer de se donner plus de chance de s’équilibrer financièrement.

La création de la MSL a-t-elle répondu pour l’essentiel aux attentes du hockey suisse et notamment pour ce qui concerne le passage des catégories des Juniors Elite au hockey professionnel ?
Je crois que oui. Tout le monde semble d’accord là-dessus du double point de vue sportif et financier. Je pense que Sierre, en montant cette année, est prêt sportivement : il a eu une bonne formation, il s’est structuré aussi financièrement et administrativement et c’était le but initial. Sur la glace, je crois que tout le monde l’a dit : le niveau est monté, comme est monté tout le niveau de la Regio League.

Mais en créant la MSL, on sait que ce n’est pas son but final : c’est d’avoir dans le futur un groupe Ouest et un groupe Est ensemble par exemple avec la Ligue B. On pourrait aussi y rassembler les Juniors Elite : si vous faites jouer des Juniors Elite avec la MySports, je ne suis pas sûr que les Elite A vont gagner. Techniquement, les joueurs de MSL sont meilleurs…

Plus d’expérience…
… Oui. Mais ce serait sympa si l’on pouvait avoir des Juniors Elite qui feraient, comme dans le système suisse, une sorte d’apprentissage dans le hockey.

On a le problème avec les Elite A, c’est que le championnat s’arrête à l’âge de 20 ans. Or pour être engagés à un niveau supérieur, il faut être exceptionnellement doué et donc, des jeunes restent sur le carreau.
…Et l’on a des parents qui sont vexés que le fiston n’ait pas été pris dans un club de NLA. C’est faux. On oublie le plaisir du jeu et c’est aussi ce qu’il faut redonner.

Les Suédois ont introduit une Super-Elite qui va jusqu’à 23 ans…
C’est vrai. J’espère que les suivants pourront résoudre cette question. On n’a pas pu tout faire !  Déjà sur la MSL, tout le monde n’y croyait pas et même les clubs de Ligue Nationale admettent aujourd'hui que c’est un bon produit. Il reste du pain sur la planche.

Bientôt la retraite pour vous. Une retraite active ?
Il y d’abord l’organisation des championnats du Monde, puis enfin mon poste de Préfet de Sierre. Comme c’est un poste éligible chaque quatre ans, je peux rester en poste jusqu’à 70 ans. Mais je pense me garder des bonnes années pour ma famille et mes amis.

 

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