Michael Rothenmund: «La 1ère ligue n’est pas une ligue de garage»

28/09/2015 à 01:42:11Saignelégier, Kevin VaucherArticle vu 6 527 fois
A 30 ans, Michael Rothenmund a rempilé pour une quinzième saison consécutive de première ligue - toutes disputées avec le HC Franches-Montagnes -. Une longévité et une fidélité qui font de lui l’une des pièces maîtresses du dispositif mis en place par Martin Bergeron et l’un des acteurs incontournables de la catégorie.
© Photo Photo PH -

Le natif de Saignelégier est un homme de défis et une personne entière dans la vie comme dans l’effort physique. Il vient d’ailleurs de prendre part au dixième JuraDéfi dont le menu était plutôt copieux (60km de roller, course à pied, natation, course de montagne, VTT et vélo de course). «Le grand challenge de mes 30 ans», se plait-il à préciser.

Celui que tout le monde appelle Roti «depuis une mémorable sortie d’équipe», est un hyperactif toujours prêt pour l’aventure. Après s’être essayé à plusieurs sports, il opte finalement pour le hockey à l’âge de 7 ans car il apprécie ce jeu constamment en mouvement. «A cette époque mon papa m’emmenait régulièrement voir les matches du CP Berne, difficile de ne pas être attiré par ce sport devant un tel spectacle».

Avec un CFC de polymécanicien en poche et un job à 100% dans une grande brasserie helvétique, Michael Rothenmund se montre tout aussi actif une fois son équipement laissé au vestiaire. «J’ai la chance de travailler dans un domaine où les horaires sont flexibles cela me permet de dégager le temps nécessaire pour être totalement concentré sur le hockey lorsque je retrouve l’équipe», savoure-t-il.

Une équipe que l’attaquant franc-montagnard a largement contribué à conduire jusqu’au titre de champion romand lors de l’exercice 2013/2014 et dont il est désormais le capitaine. Une fonction taillée sur mesure pour l’enfant des Franches qui se voit volontiers terminer sa carrière au Centre de Loisirs de Saignelégier entouré de ses amis d’enfance comme Miguel Orlando du HC Ajoie avec qui il est resté très proche. Pour l’heure place à la saison 2015/2016 et aux ambitions du HCFM que nous présente le N° 9 de la formation taignonne.
 


Michael Rothenmund, comment est née votre histoire d’amour avec le HC Franches-Montagnes?
De façon tout à fait naturelle puisque j’y ai toujours évolué depuis que j’ai débuté le hockey en 1992. Ensuite, j’ai suivi ma formation dans le mouvement junior avec un patin dans ma catégorie et un autre dans la catégorie supérieure jusqu’en Juniors Top. Après quoi j’ai rejoint la première équipe en première ligue et je ne l’ai plus quitté depuis. Cela fait désormais 15 ans de fidélité - avec quelques piges sous le maillot du HC Bienne et du HC Ajoie en juniors élite et une vingtaine de matches avec le HCA en NLB -. Quant à la suite de ma carrière de joueur je n’ai rien planifié dans ma tête si ce n’est que je ne jouerai pas avec un autre maillot sur les épaules que celui du HCFM. 

Une fois votre carrière terminée, savez-vous déjà si vous souhaitez garder un pied dans le milieu du hockey?
Oui, travailler dans la formation pour mettre mon expérience au service de la jeunesse est quelque chose qui me tient à cœur. Cela fait plusieurs mois que je m’y prépare et que je suis inscris aux cours Jeunesse et Sport pour obtenir les diplômes d’entraîneur. Cela ne veut pas forcément dire que je m’apprête à prendre ma retraite sportive prochainement mais que je prépare déjà la suite. J’y vais par étape et je suis parti à Macolin il y a peu pour continuer à mettre en place cette future reconversion. 

Et vous comment avez-vous vécu vos années de formation et qui vous a aidé à percer?
Je n’ai jamais vraiment percé c’est bien le problème (rire). Non sérieusement, je pense avoir eu une progression plutôt constante jusqu’à mes 25-26 ans sans avoir la prétention de pouvoir batailler en ligue nationale. De toute manière j’ai atteint mon meilleur niveau trop tardivement pour qu’une équipe de NLB prenne le risque de me faire confiance et me propose un temps de jeu conséquent. Deux entraineurs m’ont particulièrement aidé dans mon développement. Tout d'abord, Eric Morin m’a suivi et m’a poussé à me surpasser au sein du mouvement junior franc-montagnard alors que Martin Bergeron a su trouver le poste correspondant le mieux à mes qualités en me faisant passer de l’aile au centre.  


© Photo Photo Mauricette Schnider

Quelle relation entretenez-vous avec Martin Bergeron?
Nous avons une excellente entente et nous nous connaissons par cœur. Il faut dire que cela va faire huit saisons qu’il a pris en main l’équipe. C’est pas mal même si j’en ai presque le double au compteur (rire). Il a vraiment énormément donné au club et il m’a appris tellement de choses sur mon jeu. Comme c’est un ancien joueur de centre, il peut directement me corriger sur la glace et c’est tout de suite plus facile à assimiler. Aujourd’hui encore, même s’il approche gentiment la cinquantaine, il aime toujours autant remplacer un joueur absent à l’entraînement et c’est resté un sacré sniper. Il appréciera...     

Dans quelle catégorie de joueur peut-on classer Michael Rothenmund? Celle des snipers également?
(Sourire...) C’est une bonne question. Durant mes années juniors, j’étais attiré par le filet et donc je marquais plus souvent que je ne faisais des passes décisives. Mais maintenant je suis devenu davantage un passeur, peut-être que cette évolution est due à mon changement de poste. Je ne suis pas un grand « technar » et la mobilité n’est pas mon point fort. En revanche je me suis fait une spécialité de gagner un maximum de face-off et mon taux d’engagement gagné s’est bien élevé. C’est une nouvelle corde à mon arc.

Vous avez aussi un nouveau rôle à tenir cette saison puisque vous avez été nommé capitaine.
Cela ne va pas fondamentalement changer l’équilibre du groupe comme je prenais déjà la parole quand cela me semblait nécessaire. Depuis toutes ces années, je suis devenu un meuble à part entière du vestiaire c’est pourquoi je pense avoir la légitimité pour prendre quelques responsabilités et assurer son bon fonctionnement. Ce rôle d’ancien me confère également la tâche d’aider les nouveaux et les jeunes à s’intégrer pour qu’ils s’adaptent du mieux possible. Succéder à Fabrice Membrez - qui a pris sa retraite sportive - est un grand honneur car il fait partie des joueurs qui m’ont marqué au cours de ma carrière au même titre que David Vaucher (pour son "fighting spirit"), Sacha Guerne (pour sa facilité), Nicolas Bangerter (une bête défensive) et l’ancienne ossature de la formation taignonne (Houser, Guenot, Faivet, Gervais Gigon, …).

On vous sent très attaché au maintien et à la transmission des valeurs jurassiennes, est-ce une volonté assumée de votre part?
Oui, le Jurassien et le Franc-Montagnard en particulier est fier de ses racines et de l’état d’esprit qui règne dans sa région. Ceux qui arrivent à s’y identifier restent souvent plusieurs années au HC Franches-Montagnes, raison pour laquelle j’insiste beaucoup sur l’esprit d’équipe. C’est la grande force de notre club et j’essaie de perpétuer la tradition. Ca fait maintenant plusieurs années qu’un noyau d’une douzaine de joueurs reste en place et assure la continuité en prenant soin de faire passer le message aux nouveaux. Un Chaux-de-Fonnier comme Morgan Vaucher ou un Ajoulot comme Thomas Hentzi mériteraient presque le passeport franc-montagnard depuis le temps qu’ils sont avec nous (rire).  

 «Au moins une vingtaine de joueurs de 1ère ligue auraient le talent pour peser sur le jeu en NLB»   

Vous avez porté le maillot du HC Ajoie (18 matches disputés entre 2005 et 2008). Qu’avez-vous ressenti en enfilant le maillot floqué de la Vouivre?
Je ne garde que des bons souvenirs et je suis heureux d’avoir eu la chance de disputer un derby face au HC Bienne lorsqu’il évoluait encore en NLB en 2005/2006. Malgré tout il n’y a pas de discussion je suis Taignon à 100% et ma plus grande fierté reste de porter le maillot du HCFM. Sur les cinq derniers championnats, nous gagnons un titre, disputons deux fois la finale et perdons trois fois à l’ultime acte de la demi-finale contre le futur champion c’est quand même une belle carte de visite non? J’aurais eu l’opportunité de m’engager avec plusieurs autres clubs de première ligue ou j’aurais pu faire le forcing pour tenter d’avoir une place en quatrième ligne en NLB, mais j’étais et je suis bien dans le club de mon village. J’habite à deux minutes de la patinoire et pour moi le hockey rime avec plaisir et non pas avec argent.  

A seulement 30 ans, vous avez déjà un riche vécu dans le milieu du hockey. Quelles sont les images les plus fortes que vous en retenez?
Mes deux grands objectifs étaient de disputer le tournoi pee-wee à Québec et de gagner au moins une fois le titre de champion romand avec Franches-Montagnes. Deux choses que je suis parvenu à réaliser et qui restent forcément comme les deux moments forts que je retiens. J’ai pris part au tournoi pee-wee en 1999 et j’ai découvert une réalité bien éloignée de celle que je côtoyais jusque-là. Je me souviens qu’il n’était pas rare de voir des flocons de neige tomber sur la patinoire du Centre de Loisirs de Saignelégier avant les travaux de réfection- bien qu’elle soit équipée d’un toit - . Alors arriver au Colisée de Québec et jouer dans cet immense complexe devant 14'000 spectateurs ça change un peu (sourire). Tout comme le fait d’avoir une personne à ta disposition pour porter ton sac jusqu’à ta place dans le vestiaire, cela m’a marqué.       

Vous parliez aussi du titre de champion romand remporté en 2014?
Un autre type d’émotion mais tout aussi intense. Franches-Montagnes avait déjà été champion romand de première ligue lors de la saison 2000/2001, soit une année avant que je sois intégré au contingent. Cela m’a donné des idées car je ne voulais absolument pas arrêter le hockey sans gagner le titre. Imaginez-vous donc la satisfaction lorsque j’ai enfin pu soulever le trophée treize ans après ! Les deux sacres du club ont été acquis dans des circonstances similaires: à chaque fois le HCFM ne partait en position de favori, mais une bande de copains qui tiraient tous à la même corde a forcé la décision. Il n’y avait pas de tricheurs, chaque joueur a suivi la direction donné par le noyau respectif des joueurs du cru.   

En 15 ans comment avez-vous vu évolué le championnat de 1ère ligue?
Les infrastructures des clubs n’ont pas énormément évolué, mais le niveau de jeu a clairement pris l’ascenseur. Avant, un meilleur joueur que les autres pouvait faire la différence à lui seul, traverser la patinoire et marquer. Aujourd’hui, le niveau général est trop élevé pour voir une telle scène se produire.  La première ligue est tout sauf une ligue de garage, il n’est pas rare de voir des anciens joueurs de NLB évoluer un échelon en-dessous sans être décisif. A l’inverse, plusieurs joueurs de 1ère ligue sont montés un échelon en-dessus avec succès. Selon moi, une bonne vingtaine de joueurs du groupe romand de notre catégorie pourraient aisément jouer et peser sur le jeu en NLB. 


© Photo Photo Mauricette Schnider

La 1ère ligue semble pourtant manquer d’attractivité auprès du public, pourquoi?
Le constat est le même partout. Que ce soit en ligue nationale ou dans les ligues moins cotées, la plupart des clubs perdent ou ont perdu des spectateurs. Avant, pour voir un match de hockey, il fallait se déplacer alors que maintenant il suffit de prendre la télécommande et de s’asseoir sur son canapé. Il y a aussi de plus en plus de matches dans une saison et chaque équipe affronte donc plusieurs fois les mêmes adversaires, cela peut lasser à la longue. Personnellement je trouve que le système actuel de la NLA et de la 1ère ligue avec douze équipes est le bon. Le problème vient de la NLB qui devrait utiliser davantage de jeunes et se stabiliser à douze équipes elle aussi.

Que diriez aux jeunes joueurs qui aspirent à faire leur place en ligue nationale?
D’être patient et surtout de faire preuve de persévérance. Pour prendre mon cas en exemple, il faut savoir qu’avant d’être un titulaire indiscutable j’ai beaucoup ciré le banc et fait de longs déplacements sans pouvoir toucher la glace. Mais j’ai continué à travailler et la situation s’est finalement débloquée pour moi. A tel point que j’ai pu jouer un rôle important lors de ces dernières années et je dois dire que c’est toujours plus gratifiant de gagner un titre en ayant l’impression d’avoir aidé l’équipe dans cette quête  (Ndlr: Michael Rothenmund a inscrit un point personnel par match en moyenne lors de la saison 2013/2014). Aujourd'hui, un jeune qui passe un seul tiers-temps sur le banc hésite entre arrêter le hockey ou aller jouer avec la 2ème équipe du club.

N’est-ce pas difficile de retrouver la motivation pour une nouvelle saison après avoir remporté le championnat?
Non, car le challenge de conserver la couronne une deuxième année consécutive est très excitant. Par contre, une fois le titre de champion romand obtenu, c’est vrai que nous avons surement inconsciemment mis le bouton sur off pour les finales suisses. Les vainqueurs des deux autres groupes de 1ère ligue sont souvent les mêmes et n’ont pas ce petit relâchement qui coûtent souvent cher à la formation romande. Puis, la saison dernière nous ne perdons qu’au cinquième et dernier match de notre demi-finale contre le grand favori Sion. C’est une déception, mais cela démontre que le HC Franches-Montagnes ne s’est pas reposé sur ses acquis.      

Le HCFM s’est montré discret sur le marché des transferts. Cela revient-il à dire qu’il n’y avait rien à changer?
Pas grand-chose puisque le noyau est resté fidèle au club et que les trois quarts des joueurs ont entre 20 et 25 ans. Cela laisse une belle marge de progression. Nous pouvons aussi compter sur des renforts de qualité comme Célien Gygax par exemple - meilleur compteur du HC Moutier l’an dernier avec 34 points en 35 rencontres - . De mon côté, je m’attends à un début de saison compliqué car j’ai toujours besoin d’un temps d’adaptation pour être à mon 100 % et cela ne s’arrange pas avec l’âge (rire). J’aimerais d’ailleurs remercier le préparateur physique pour son super travail ainsi que la grande famille du HCFM (bénévoles, staff et comité) sans qui je ne pourrais pas prendre autant de plaisir dans un environnement optimal depuis tant d’années.


Les sept vérités de Michael Rothenmund

Sept personnes ou moments qui ont compté pour lui…

Coéquipier: Jérémy Gigon, il est toujours resté positif même quand il n’avait pas beaucoup de temps de glace. Un état d’esprit exemplaire.

Entraîneur: Martin Bergeron, la personne qui m’a fait le plus progresser et qui m’a fait évoluer au poste de centre. Un changement qui m’a donné plus d’impact sur le jeu. 

Club: Je peux difficilement citer un autre club que Franches-Montagnes même si j’aime me rendre dans toutes les patinoires voir des matches lorsque j’en ai l’occasion.  

But: Lors du premier match de la finale 2013/2014, nous égalisons en toute fin de troisième tiers-temps avant que je ne marque en prolongation. Un but qui nous met sur les bons rails car c’est le genre de chose qui compte à ce stade de la compétition.

Victoire: La victoire qui nous offre la coupe de champion. Un aboutissement formidable et le début d’une fête de trois jours (rire).

Défaite: Notre défaite en prolongation lors de la dernière rencontre de la demi-finale 2012/2013 contre Guin. Nous avions tout pour aller au bout.

Public: Le public des Franches. Ce n’est pas le plus nombreux mais où que nous jouons  en Suisse, il se déplace pour nous soutenir. Un sincère merci.

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