Noah Patenaude: "Sortir de sa zone de confiance"

03/11/2021 à 13:26:02, Planète Hockey / WFRArticle vu 1 650 fois
Arrivé à Saint-John à l'âge de 16 ans, le gardien Noah Patenaude continue son parcours en LHJMQ. Cette saison, le Neuchâtelois dispute sa troisième saison avec les Sea Dogs et aura la chance de disputer la légendaire coupe Memorial.
� Photo Michael Hawkins - Saint-John Sea Dogs -

En 2019, alors que vous n’aviez que 16 ans, vous avez décidé de tenter votre chance en Amérique du Nord, avec les Sea Dogs de Saint-John en LHJMQ. Comment avez-vous pris cette décision ?

A l’époque, j’évoluais avec Bienne et j’ai eu la chance de rejoindre la sélection helvétique des U18 pour un tournoi en Slovaquie. Mon agent était venu sur place et il y avait des recruteurs de plusieurs formations d’Amérique du Nord, dont Saint-John. En fin d’année, j’ai encore pu évoluer devant des recruteurs lors du tournoi des Cinq-Nations à Bâle avec le Suisse. C’est à ce moment-là que tout s’est débloqué pour moi. Le responsable du recrutement des Sea Dogs et mon agent se sont mis en relation et ça a été le début de l’aventure. Il faut savoir que Saint-John était la seule formation a avoir su que j’avais aussi la nationalité canadienne ce qui, évidemment, était un atout pour faciliter mon arrivée au Canada.

La décision de quitter la Suisse a-t-elle était facile pour vous ?

Je dois dire que la décision n’a pas été facile, notamment en raison de mon âge, 16 ans. Je me demandais si je ne devais pas attendre encore une année supplémentaire. Finalement, je suis sorti de ma zone de confort car la chance était là. Il m’était impossible de savoir si j’en aurai une seconde du coup, j’ai décidé de la saisir. Le soutien de ma famille a été important et a aussi facilité ma décision.

Vous vous retrouvez donc, à 16 ans, seul au Canada. Comment avez-vous vécu vos débuts ?

Une fois sur place, les choses étaient compliquées. J’étais effectivement seul au Canada, dans une région du pays dont la langue (l’anglais, ndlr) n’était pas la mienne. Je me suis posé beaucoup de questions et j’appréhendais la saison. Heureusement, Saint-John est une formidable organisation qui m’a aidé à me sentir bien. J’ai pu m’acclimater rapidement à mon nouvel environnement.

Vous étiez-vous fixé des objectifs avant votre départ pour le Canada ?

Non, je voulais surtout vivre à fond chaque moment. J’évoluais, à mon arrivée, avec un gardien bien plus expérimenté que moi et j’ai beaucoup pu apprendre de lui. Avec Saint-John, c’était un projet à long terme car j’ai été engagé très jeune. Le club était en reconstruction et ils savaient qu’il me fallait un peu de temps pour me mettre à niveau. Lors de ma première saison, je me suis également blessé après seulement deux ou trois matchs. J’ai été absent pendant un mois mais, heureusement, à mon retour, les choses se sont bien passée et j’ai rapidement retrouvé ma confiance.

Avez-vous été surpris par le professionnalisme des formations juniores canadiennes, dont Saint-John ?

Oui, la différence entre le Canada et la Suisse est très nette. Au Canada, on se rapproche du professionnalisme alors que nous ne sommes que des juniors. Tout ce qui se passe sur la glace ou dans le vestiaire est déjà digne de la NHL.

A la fin de votre première saison, le Covid a fait son apparition et les playoffs ont été annulés. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Nous avons été informés de l’annulation des playoffs alors qu’il ne restait que cinq parties en saison régulière. C’était évidemment une très grosse déception pour toute l’organisation.

Pour ma part, je suis resté un peu au Canada après l’annulation des playoffs avant de finalement prendre la décision de rentrer en Suisse. Nous avons finalement su tardivement que la saison suivante se tiendrait et qu’il y aurait un camp d’entraînement. J’ai alors repris la direction du Canada où j’ai dû me soumettre à des quarantaines.

La saison était aussi particulière car nous avons dû affronter les mêmes organisations. Par ailleurs, nous avions toujours la crainte que l’un de nous soit testé positif. Si cela avait été le cas, cela aurait signifié l’arrêt des activités de l’équipe le temps d’une quarantaine. C’est d’ailleurs arrivé puisqu’un membre du staff a été testé positif au Covid en novembre et nous avons dû nous mettre en isolement.

La seconde partie de la saison a aussi été compliquée car, en janvier, nous avons encore dû nous mettre en pause jusqu’au mois de mars en raison du nombre de cas positifs dans la région de Saint-John. Même si c’était une période difficile, nous avons eu de la chance de pouvoir jouer quelques matchs contrairement à d’autres.

La saison 2020/21 était une saison charnière pour vous puisque vous étiez éligible au repêchage de la NHL. Or, vous avez finalement été ignoré par les formations de la NHL. Comment avez-vous vécu la chose ?

Avec la saison que nous avions eue, je n’avais pas vraiment de grandes attentes. Il est évident que de se faire sélectionner en NHL aurait été extraordinaire, mais la vie continue pour moi. Je dois continuer mon travail pour avoir ma chance.

L’an dernier, vous avez débuté la saison comme titulaire avant que le club n’engage un autre gardien avec qui vous avez dû vous partager le filet. Comment avez-vous vécu cette décision ?

En début de saison tout allait bien pour moi, je faisais gentiment ma place avec l’équipe. Avec cette arrivée et les incertitudes liées au Covid, ça a joué sur mon moral: c’était plus compliqué et je jouais moins. Au final, ce sont des choses que je ne peux pas contrôler et je dois apprendre à faire avec. C’est aussi ça le sport.

En décembre 2021, vous avez représenté la Suisse lors du championnat du monde junior au Canada. Vous avez notamment été aligné lors du sec 10 à 0 infligé par le Canada à la Suisse. Comment avez-vous vécu ce match ?

En regardant en arrière, je réalise que j’ai beaucoup appris de ce match. C’était un expérience pour moi et pour mon avenir. Tout le monde n’a pas la chance de porter les couleurs de son pays lors d’un championnat du monde. Après le résultat, c’est le résultat. La vie continue et il faut continuer d’aller de l’avant.

Il faut aussi réaliser qu’il y a une grande différence entre les juniors suisses et les Canadiens. Les équipes de CHL (Canadien Hockey League) sont essentiellement composées de joueurs canadiens et ce sont les meilleurs joueurs de ces formations qui se retrouvent sous les couleurs de leur pays pour les rendez-vous internationaux. La différence se ressent au niveau du jeu.

Avez-vous été surpris par la décision du club d’engager un nouvel entraineur-chef, Gordie Dwyer, en août dernier ?

Les attentes de l’organisation étaient très grandes pour la nouvelle saison ce qui peut expliquer ce changement d’entraîneur. Il est vrai que cette nomination et l’annonce de la coupe Mémorial à Saint-John ont fait que le début de saison était chargé. Lorsqu’un nouveau coach arrive, il doit faire son travail et nous faire gagner. Au début, c’était un peu compliqué car je n’ai pas joué au début de la saison. Je savais que je devais me montrer patient et que ma chance allait venir. J’ai continué de travailler fort, je contrôle ce que je peux contrôler.

Aujourd’hui vous disputez votre troisième saison en LHJMQ. Quelles sont les différences entre le Noah Patenaude qui est arrivé au Canada en 2019 et celui d’aujourd’hui ?

Je pense avoir beaucoup évolué tant sur la glace que d’un point de vue humain. Mon jeu a aussi changé. Ici tout est plus structuré, j’ai un entraineur des gardiens qui est tous les jours avec moi sur la glace. C’est clair que techniquement je me suis amélioré, j’ai une structure autour de mon style et je travaille ça tous les jours. Après, il y a encore du travail et globalement, même si je joue mieux, je peux évoluer dans tous les aspects de mon jeu.

Vous avez évoqué la coupe Mémorial, un événement très important au Canada. Comment appréhendez-vous ce rendez-vous ?

J’ai réalisé l’importance de la coupe Mémorial lorsque j’ai su que j’allais rejoindre le Canada. Il s’agit vraiment d’un événement majeur pour le hockey junior canadien. Lorsque la ville de Saint-John a été sélectionnée, c’était une énorme nouvelle. Le club espérait vraiment l’obtenir, c’était un objectif dès le début de la reconstruction de l’équipe. Nous devons maintenant démontrer que nous avons une équipe capable de gagner les matchs et prouver que nous avons notre place à cette coupe.

Vous l’évoquiez, votre début de saison n’était pas celui espéré puisque vous avez été régulièrement assis sur le banc. Récemment, la tendance s’est inversée et vous avez obtenu plusieurs départs qui se sont soldés par des succès. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Il faut savoir être patient et je savais que ma chance allais venir. Même si c’était difficile de rentrer dans un match sans débuter, je voulais aider mon équipe à gagner. J’ai ensuite eu mon premier départ et je ne me suis pas mis de pression. Je suis resté fidèle à mon jeu et j’ai eu beaucoup de plaisir. Aucun poste n’est jamais acquis, je dois continuer de travailler fort et gagner pour l’équipe.

Vous aurez 19 ans en décembre et vous avez la possibilité de disputer une autre saison en Amérique du Nord, l’an prochain. Est-ce une option pour vous ou souhaitez-vous rentrer en Suisse ?

Pour le moment, je veux juste continuer de travailler dur et on verra les possibilités que me seront offertes la saison prochaine. J’espère que cette année me permettra de me mettre en avant et qu’elle aura un impact sur la suite de ma carrière. Je peux décider de rester au Canada mais je n’exclue pas un retour en Suisse. Si les opportunités en Suisse sont meilleures que celles au Canada, je vais évidemment les évaluer. Je suis cependant conscient que rien n’est jamais acquis et qu’il faut mériter sa place dans n’importe quel club.

Avez-vous déjà des contacts pour un éventuel retour en Suisse ?

Je n’ai pas parlé de ça avec mon agent et j’ignore s’il a eu des contacts de son côté. Je me concentre sur ma saison, le reste viendra plus tard.

Depuis plusieurs saisons de nombreux joueurs helvétiques sont sélectionnés lors du repêchage de CHL. Avec du recul, conseilleriez-vous aux Suisses de franchir le pas et de rejoindre l’Amérique du Nord ?

Oui ! Je pense qu’il faut savoir saisir sa chance et ne pas manquer l’occasion de partir. Il est vrai que je me suis posé beaucoup de questions au début, mais je me suis décidé à sortir de ma zone de confort pour réussir. Si on veut devenir professionnel un jour, il faut s’en donner les moyens et il faut prendre des décisions parfois importantes. Après, il faut être conscient qu’il y aura des moments parfois difficiles, surtout la première saison. Il faut prendre en compte qu’il y a une phase d’acclimatation et ne jamais perdre confiance.

Aujourd’hui Noah Patenaude est-il Suisse ou Canadien ?

Il est Suisse ! Je suis né en Suisse, je joue pour la Suisse, c’est clair pour moi. Ma nationalité canadienne est un plus, mais je suis Suisse.

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