Philip-Michaël Devos: «Je suis un compétiteur dans l'âme»

19/09/2018 à 15:31:41Porrentruy, Vincent CriblezArticle vu 4 614 fois
Deux rencontres disputées pour un bilan d’un but et cinq assists : malgré l’élimination d’hier soir face au Lausanne HC en coupe de Suisse, le début de saison de Philip-Michaël Devos peut être qualifié de parfait. Planète Hockey vous propose l’interview du natif de Sorel-Tracy, âgé de 28 ans et au service du HC Ajoie depuis la saison 2015/16.
© Photo Mauricette Schnider -

Philip-Michaël Devos, avec six points personnels obtenus lors des deux premiers matches du championnat, peut-on qualifier votre début d’exercice d’excellentissime ?
Oui, nous avons bien commencé la saison et cela fait forcément plaisir. Hormis le premier tiers temps face au Lausanne HC – perdu 0-3 -, l’équipe tourne bien et est déjà en jambes. De mon côté également, je me sens bien et j’ai de bonnes sensations.

Quelle place accordez-vous aux statistiques, vous qui avez été désigné meilleur passeur de Swiss League lors des trois dernières saisons ?
On ne va pas se mentir : nous autres les étrangers, en Suisse, nous sommes mesurés à nos statistiques. Le public, les médias, les dirigeants, tout le monde regarde cela, donc obligatoirement en tant que joueur on y prête aussi attention. Mais je préférerai toujours remporter une partie avec mon équipe sans mettre de points plutôt que de perdre en scorant, c’est certain.

A 28 ans, vous êtes peut-être dans le meilleur âge au niveau de votre carrière. Lorsque vous inscrivez quatre points face aux Ticino Rockets, vous ne pensez jamais, dans un coin de votre tête, que votre place serait peut-être plus en National League ?
Quand je joue, je ne pense à rien d’autre qu’au jeu (rires). Plus sérieusement, non, je ne me dis jamais cela. J’ai pu jouer deux matches avec Fribourg la saison dernière. Et puis il y a eu, dans le passé, quelques discussions avec des équipes de National League. Mais voilà, cela ne s’est jamais fait, c’est le destin.

Avez-vous tiré un trait sur la National League ?
Je suis un compétiteur dans l’âme. Etre hockeyeur, c’est comme dans n’importe quel autre métier, on recherche toujours à faire mieux, à s’améliorer. Donc non, je n’ai pas tiré un trait sur cette ligue. Mais je tiens vraiment à préciser que je suis un homme et un joueur heureux à Ajoie. Il est difficile d’expliquer à quel point je suis bien traité par le club et l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Pour moi, l’herbe la plus verte est dans le Jura (rires).

Du coup, prolonger votre contrat avec le HC Ajoie jusqu’en 2021 était votre meilleure option ?
Oui, je n’ai jamais cherché à rejoindre une autre formation en Swiss League. Pour moi, Ajoie était l’endroit où je me voyais continuer ma carrière. Je suis heureux dans le Jura et je ne me dis pas que je serais peut-être plus heureux ailleurs. En contrepartie de la confiance que m’accorde le club, j’essaie de tout donner à chaque fois que je suis sur la glace.

Quelques heures après l’élimination face au Lausanne HC en coupe de Suisse, Ajoie peut désormais pleinement se concentrer sur son championnat. Quel sera le but du club, cette saison ?
Déjà, nous devons digérer la défaite. Je n’oublie pas les émotions incroyables que la Coupe nous a procuré la saison dernière. Tout le monde aurait adoré revivre cela. Maintenant, les choses sont claires, nous pouvons nous concentrer sur le championnat. Le but est clair : arriver au pic de notre forme au mois de février, et non en décembre ou janvier. Nous avons une équipe qui brille en play-off depuis plusieurs saisons, et ceci en n’ayant jamais eu l’avantage de la glace. Je relativise donc l’importance du rang final qu’il nous faudra atteindre après le tour qualificatif.

N’est-ce pas frustrant de savoir que, quoiqu’il arrive, votre club ne briguera pas une promotion ?
Sur la glace, on ne pense pas à de telles choses. On veut juste performer, tout donner et gagner nos matches avec le but d’être champion pour pouvoir dire qu’on était la meilleure équipe. Et puis, avec la nouvelle patinoire qui se profile d’ici quelques années, peut-être qu’Ajoie aura l’ambition de monter en National League ?

Depuis quelques années, la Swiss League semble être réglée à deux vitesses, avec d’un côté les clubs ambitieux et de l’autres, les organisations qui forment des jeunes comme les Ticino Rockets, Zoug Academy ou les GCK Lions. On se trompe ?
Peut-être qu’il y a un système à deux vitesses, oui, mais je peux vous garantir que même contre les équipes de jeunes il faut être prêt à souffrir. La saison dernière, je me souviens avoir gagné 10-1 à Biasca contre les Rockets et avoir été jusqu’aux tirs au but lors d’une autre rencontre face à eux, à Porrentruy. Si ces équipes alignent quelques renforts de National League, voire même des étrangers, elles deviennent dangereuses. J’ai également souvenir de rencontres face à Zoug Academy lors desquelles leurs joueurs patinaient très, très vite. Et puis, c’est toujours une pression supplémentaire de jouer contre ce genre d’équipes car tout le monde s’attend forcément à une victoire.

Pour parvenir à battre ce genre d’équipes, Gary Sheehan semble donner la priorité à une association entre vous-même, Jonathan Hazen et Reto Schmutz. Comment le vivez-vous ?
Nous avions déjà joué ensemble à quelques reprises la saison passée, ainsi que lors des 4-5 derniers matches de préparation cet été. Il y a un feeling spécial entre nous, tant sur que hors de la glace. On se comprend bien, et le plus important c’est que nous arrivons à communiquer entre nous. C’est même la priorité selon moi. Si il y a quelques chose à régler, on en parle directement et on passe à autre chose. J’ai du plaisir à jouer avec ces deux gars.

Revenons sur votre parcours, Philip-Michaël Devos. En 2014, vous quittez le soleil de la Floride et les Everblades (ECHL) pour rejoindre le club de Val Pusteria, sis à Brunico à 1000 mètres d’altitude. Comment avez-vous géré ce brutal changement ?
C’est sûr que ce fut un choc pour moi et j’ai effectivement mis quelques semaines à m’acclimater. Mais là-bas il y avait un entraîneur et un autre joueur qui étaient Québécois, cela m’a donc aidé. Comme à Ajoie, et je suis chanceux à ce niveau-là, le club m’a très bien traité en Italie. Globalement, rejoindre l’Europe à 24 ans fut la meilleure décision que j’ai prise durant ma carrière.

Votre parcours ressemble furieusement à celui d’un certain Chris Di Domenico, l’attaquant des SCL Tigers. Lui également est parti de ECHL à 24 ans pour rejoindre le championnat italien, avant de décrocher un contrat en Swiss League. Par contre, il a eu la chance de jouer en NHL la saison dernière. Vous dites-vous parfois que vous aussi, avec un peu de chance, vous auriez pu y goûter vous aussi ?
Ah non, la NHL j’ai enterré la flamme et je l’ai arrosé midi et soir comme on dit de par chez nous. J’ai suivi le parcours de Di Domenico et c’est vrai qu’il m’a inspiré lorsque je me suis engagé en Italie. Mais voilà, chaque joueur à une destinée différente. La ligue nationale nord-américaine, ce n’est pas pour moi et je vis très bien ainsi.

Dernière question à quelques semaines de la reprise du championnat de NHL. En ayant grandi à Sorel-Tracy, une commune située à mi-chemin entre Québec et Montréal, quel club vous faisait vibrer, étant enfant ? Les Nordiques ou le Canadien ?
Dans ma ville, on pouvait être partisan des deux clubs. Moi j’étais fan de Patrick Roy, j’ai donc soutenu le Canadien jusqu’au départ de Roy pour les Colorado Avalanches, qui est l’organisation qui avait remplacé les Nordiques de Québec. Ensuite, mon modèle a été Peter Forsberg. J’ai essayé de m’inspirer de sa façon de jouer, de prendre exemple. Aujourd’hui, si je regarde un match à la télévision, je suis neutre et j’espère simplement que la meilleure équipe gagnera. Je jette juste un coup d’œil plus attentif aux prestations de Marc-André Fleury, qui est le gardien des Vegas Knights et qui vient comme moi de Sorel-Tracy.

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