Sylvain Giet: « le GSHC II est une miraculeuse exception »

01/03/2019 à 00:24:04Genève, B. MelliardArticle vu 7 725 fois
Gros plan sur le Comité du GS II, qui officie au sein du championnat de 1ère ligue. Un club totalement autonome et amateur, qui vit et se développe au sein du hockey genevois, dans l’ombre de son ainé, tout en étant intégralement géré par des joueurs de l’équipe.
� Photo PH - De g. à dr.: Sylvain Giet, Bastien Berger et Gregory Veuthey

Il y a trois ans, le Genève-Servette II était plutôt vu comme une excroissance du mouvement juniors du club phare de Genève. Or vous êtes devenus autonomes il y a trois ans. Que s’est-il passé pour que vous suiviez cette voie ?
Cela fait déjà 4-5 ans que nous sommes devenus autonomes. Mais nous n’avons pas eu le choix : c’était une volonté de la Ville de Genève qui nous a obligés de nous séparer du mouvement junior. Notre licence de jeu est toujours auprès de l’Association, avec des mises à disposition de certains éléments, mais juridiquement notre Comité est donc autonome. Le mouvement junior ne finance à aucun moment le GSHC II.

La particularité de votre club, du moins à ce niveau, c’est qu’il est à 100% géré par ses joueurs ou ses anciens joueurs. Si l’on vous comprend bien, le club tombait si vous n’aviez pas repris la main…
Il y avait une structure du temps de l’ex-coach Simon St-Hilaire qui était président, entraîneur et joueur… et qui a tout fait pour qu’il y ait une équipe de 1ère Ligue à Genève. A son départ, il nous a remis un dossier en expliquant qu’il fallait que quelqu’un reprenne cela sous 30 jours. S’il n’y avait pas eu ce comité de sauvetage constitué des joueurs de l’équipe elle-même, on peut estimer qu’il n’y aurait donc plus eu d’équipe à ce moment-là. Ce n’est donc pas notre volonté que de procéder ainsi, mais on s’est retrouvé livrés à nous-mêmes et les quelques joueurs qui ont voulu que cette équipe perdure ont repris le flambeau.

Ndlr : le GS II dont les membres du comité sont : Pablo Pittet (président et ancien joueur), Alain Reymond (Vice-président et ancien joueur), Sylvain Giet (Vice-président et ancien joueur), Florian Faye (Secrétaire et joueur actif), Grégory Veuthey (Trésorier et joueur actif), Bastien Berger (Resp. média, marketing, et joueur actif)

On peut s’imaginer que cela a quand même pris un peu de temps pour tout mettre en place…
Clairement pas. On n’en a pas eu le temps. On s’est assis autour d’un verre chez notre sponsor et on s’est attribué les rôles de chacun dans la foulée selon ses capacités. C’est comme cela que c’est parti. Ce n’est pas que nous n’ayons pas sollicité de l’aide, mais il faut le dire, nous avons été livrés à nous-même. Nulle part on ne nous a répondu. Mais nous ne voulons pas dire qu’on nous a laissé tomber…

…. Mais pas loin…
Pas loin en effet. Pour des choses simples comme de mettre de la sono, d’annoncer les matchs, de récupérer un peu de matériel, ou de prêter des joueurs, et que personne ne nous répond. C’est qu’on est livré à soi-même. Il y a des choses comme pour les statuts où l’on a été aidé par un autre ancien joueur, mais il y a plein de choses que l’on a découvertes une par une sur le tas.

Comme chaque médaille a son revers, n’avez-vous jamais de tensions entre le fait d’être à la fois joueurs et dirigeants ?
Il y a une séparation de base : quand on est joueur, on est joueur et quand on est dirigeant, on est dirigeant. Exemple : nous avons fait le bilan de mi-saison d’Igor Fedulov à 18h30 et une heure plus tard, nous étions sur la glace, sous les ordres de notre coach. Pour que ce soit clair, nous comité, avons décrété que nous ne gérerions aucun aspect sportif.

Comment une personnalité comme Igor Fedulov est-elle arrivée dans cette structure ?
Igor est arrivé pour beaucoup grâce à Alain Reymond, (Ndlr : membre du Comité et ancien joueur de GS II et de LNA et de LNB). Et aussi parce qu’Igor était quelqu’un du club et que son propre fils joue à GS II. Il a amené une synergie avec le mouvement junior, Genève futur, et aussi plus de reconnaissance des autres clubs. Et il a permis de faire revenir d’anciens joueurs qui avaient travaillé avec lui auparavant… Il a succédé après une année de transition à Michal Grosek et Paul Savary, que nous ne remercierons jamais assez : nous les avons appelés à l’aide vers le 1er août 2017 alors que nous étions sans solutions question coach. Michal et Paul sont venus gratuitement 3-4 fois par semaines pour notre équipe sans le sou. Cela, personne d’autre ne l’aurait probablement fait ! Et on a fini en ½ finales avec eux. On remercie bien sûr très fort Igor, car sa venue permet de pérenniser sportivement la structure. Igor a amené une dynamique et de l’enthousiasme.

Comment prenez-vous vos décisions sur des sujets sensibles comme le budget ou le choix des nouveaux joueurs ?
Sur le choix des nouveaux joueurs, nous n’avons rien à dire : le comité s’est complètement déchargé sur l’entraîneur, qui a donc pris sur ses épaules la charge de Directeur sportif. Cela évite que nous, comité, soyons partie prenante avec des décisions qui puissent impacter le vestiaire. Sinon, toutes nos décisions sont collégiales. On discute, on vote et c’est réglé. C’est vrai qu’on se surprend nous-même par cette facilité d’entente. C’est fluide.

Et la question du budget ?
Nous avons bien sûr un budget. On sait ce que nous coûte une saison. Mais nous ferions pleurer n’importe qui en donnant notre chiffre. Le budget se résume à payer les cars, les arbitres et les frais sportifs. Cela fait un montant de CHF 100'000.- tout inclus, que nous autofinançons totalement. Aucun joueur n’est défrayé, et nous n’arrivons quasi pas à les aider niveau matériel. Et surtout les joueurs et leur entourage participent activement aux ventes des abonnements, à la gestion de la buvette aux matchs, à la tenue de nos stands et à tous nos évènements pour collecter de l’argent et promouvoir notre équipe. La seule chose que l’on a offrir, c’est le plaisir de jouer entre amis avec le maillot grenat au plus haut niveau amateur suisse. Nous les remercions énormément pour leur implication, leurs efforts et leur passion. Sans cela, nous aurions déjà disparus.

Vivre dans l’ombre du grand frère Genève-Servette ne doit pas être facile tous les jours si l’on songe aux horaires qui se télescopent parfois, non ?
Avant, nous n’avions pas de contact, maintenant, nous commençons à en avoir. Sans doute qu’il y a une reconnaissance du travail qui est fait chez nous, et nous gagnons en crédibilité de par nos résultats exceptionnels versus nos moyens et notre fonctionnement.
Il nous arrive de jouer en léger décalé, en même temps que la une. Ca a le bon côté de nous amener du monde en fin de match (rires).

D’un autre côté, vous bénéficiez indirectement d’une pépinière de bons joueurs, avec d’ex-Elite A ou B qui sont disponibles lorsqu’ils dépassent les 20 ans.
On n’en bénéficie quasiment pas via le GE-Servette. Si on attire de nouveaux joueurs, c’est parce que nous avons un fort impact local, avec un entraîneur compétent et une magnifique ambiance d’équipe avec des valeurs propres pouvant séduire des joueurs. Il y a surtout une forte base d’amitié : des joueurs qui se connaissent et qui ont grandi ensemble ici à Genève. Il faut réaliser que les Juniors Elite ne sont pas d’ici pour la plupart, et quand ils ont fini leur junior, généralement ils repartent. Pour les autres, si on ne leur propose rien, ils arrêtent.

C’est tout le rôle que nous défendons pour GS II ; faire jouer au plus haut niveau possible des jeunes du cru n’ayant pas signé de contrat pros et désireux de continuer de jouer au hockey tout en conciliant études et vies professionnelles et privées.

Plus généralement, quels sont vos rapports avec le grand club de National League ?
Déjà, il y a eu pas mal de changements dans la structure de la SA et de Genève Futur. Quand on se restructure, on ne se préoccupe pas forcément de ce qu’il y a en-dessous (rires). Aujourd’hui, il semble que l’on parte dans une dynamique positive et nous, nous nous efforçons à ce que le GSHC II soit reconnu comme une entité propre, avec un vrai rôle à jouer au sein de la famille grenat. Le fait qu’Igor Fedulov ait travaillé avec les juniors tops et désormais avec les Elites et avec GS aide beaucoup.

Sur l’initiative de la SA, nous sommes heureux d’avoir enfin pu nous assoir très récemment autour d’une même table avec l’ensemble des entités dirigeantes du club, et d’avoir pu concrètement commencer à travailler sur des projets d’avenir, d’un travail et d’un fonctionnement commun qui, nous espérons, sera salvateur pour GS II.

Vous êtes montés en 1ère Ligue au terme de la saison 2012-2013. Sportivement cette année vous avez terminé à la 6ème place de la saison régulière. Malgré la récente élimination en ¼ de finale des Play-Offs face à Adelboden, cela constitue l'un des meilleurs résultats de votre jeune histoire. Quelles sont les raisons de cette amélioration, sachant que votre cadre n’a pas spécialement changé ?
L’année passée, nous avions eu un temps d’adaptation avec les coachs. Et le contingent s’est étoffé entretemps, cette saison nous avons roulé avec au moins trois blocs à chaque match. Il ne faut pas non plus oublier que, vu que l’on ne paie personne, il est difficile d’imposer un cadre strict aux joueurs. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas imposer de présence systématique. Même si la ligue peut parfois l’oublier, cela reste du hockey amateur. Quand on voit des clubs qui paient CHF 20/30'000.- un joueur, on peut exiger quelque chose. Chez nous, nous ne payons personne, on doit se satisfaire et optimiser ce que les gars sont prêts à donner, et ils donnent et s’impliquent énormément. Ce qui met d’autant plus en relief nos très bons résultats. Enfin, les résultats ont progressé autant que la maturité de l’équipe. Certains joueurs ayant intégrés GS II à 19-20 ans et en ont 25 désormais, ça se ressent.

Sur le papier, l’on remarque que vous avez une trentaine de joueurs à disposition, mais que vous ne jouez très souvent qu’à trois blocs. Quelle en est la raison ?
Là, on touche la problématique des jours de matchs en semaine. Nous avons beaucoup de jeunes ou des joueurs ayant des métiers. Or on ne peut pas humainement leur dire « ne va pas à l’école, ne va pas travailler, viens jouer »… Nous sommes dans le hockey type « compétition-amateur-plaisir ». Et si l’on considère le principe des trois matchs par semaine en play-off de 1ère Ligue, il est simplement scandaleux et non viable.

Du 9 au 19 février, GS II a joué 4 matchs en 10 jours contre Adelboden (la porte d'à côté !), avec deux déplacements en semaine. Les contraintes et les coûts engendrés d’aller jouer à 20h00 au fin fond du canton de Berne un mardi soir sont faciles à imaginer.

Cela va faire mourir les équipes les unes après les autres car on demande du professionnalisme à un cadre de purs amateurs. On ne peut pas faire autant de matchs que la Ligue A, c’est aberrant. Au final, les joueurs se blessent et se mettent à risque auprès de leur employeur. Ils finissent par arrêter de jouer. La Ligue doit se mettre à l’écoute des clubs amateurs.  En 1ère ligue, on est ni pro, ni vraiment amateurs.

Vous avez aligné parfois cette saison Chris Rivera, et Paul Savary l’an passé, deux ex-joueurs de NLA. Or on ne les voit plus jouer. Y a-t-il une raison et les reverra-t-on sous votre maillot ?
Paul Savary est en reconversion professionnelle, en plus d’être jeune Papa. Il a souhaité prendre du recul avec le hockey. Et pour Chris Rivera, vous savez tous ce qu’il en est depuis peu. Idem, il se consacre à sa nouvelle vie.

On sait que si Sierre ne monte pas en Swiss League cette saison, le partenariat entre Genève-Servette et le club du Valais Central ne sera pas prolongé. Savez-vous de quoi la saison prochaine sera faite et avez-vous des discussions avec Genève 1890 ?
Sierre a toutes les chances de remporter la MySport cette saison et de monter en Swiss League. C’est une belle équipe. Nous avons perdu de peu contre eux en coupe (1-3). Malgré que Sierre ait aligné 12 Genevois pour nous affronter, on peut dire qu’à ce jour, notre avenir n’est pas du tout lié au leur. Avant de penser à l’an prochain, on se demande déjà comment finir l’année…

… Comment finir l’année ?
On a encore 2-3 événements pour finir notre saison et espérer finir de payer nos dépenses. On avait calculé que si notre équipe arrivait en ½ finale, nous n’aurions pas eu les fonds pour finir notre saison. Notre parcours s’est arrêté avant, mais malgré cela, pour l’an prochain, rien n’est garanti…

Pour revenir à la question, en effet, nous avons sollicité la Famille Grenat et comme déjà dit, une très récente rencontre nous a permis de pouvoir partager concrètement notre situation et nos limites. Nous pensons avoir été entendus et avons sincèrement perçu un message de soutien et des propositions de solutions concrètes de la part des acteurs présents.

Si l’on vous suit bien, il serait possible de ne pas voir Genève-Servette II en 2019-2020 ?
Notre fonctionnement rencontre ses limites, et le temps et l’énergie que nous consacrons tous à GS II nous coûtent toujours plus. Pour nous chaque saison est un défi à tous les niveaux. Comme on vient de le dire, on doit trouver comment boucler cette saison. Et dans le même temps, au niveau du comité, la saison 2019-2020 a déjà commencé également. Ce n’est pas un cri d’alerte, mais c’est vrai que sans retours rapides et concrets de la Fondation et du MOJU, notre avenir demeure en pointillés.

Il faut oser dire les choses : sans l’aide des joueurs ou des soutiens individuels financiers ou en nature, cela ferait longtemps qu’il n’y aurait plus de 1ère Ligue à Genève-Servette. Même pour avoir de quoi garnir la trousse de pharmacie, cela coûte. On pense à pérenniser notre structure, mais pour cela, il nous faut du soutien.

Ce qui revient à dire que les discussions que vous avez entamées avec la Fondation 1890 seront très importantes pour votre avenir. On peut le dire ainsi ?
On peut le dire ainsi. Ce sera déterminant, et nous sommes convaincus qu’il est judicieux et efficient que cela soit à la structure sommitale de décider du rôle qu’elle veut donner à GS II. On ne pourra pas se battre tout le temps pour survivre uniquement.

Que peut-on souhaiter à GS II pour la et les saisons à venir ?
Vous pouvez nous souhaiter que les jeunes continuent de vouloir intégrer nos rangs. Et qu’ils soient toujours autant épaulés par les plus anciens pour défendre nos couleurs. Que le club puisse progresser en puissance financière et structurelle. Notre implication et notre dévouement portent leurs fruits. Nous aimerions pouvoir transmettre le flambeau sereinement. Nous souhaitons plus que tout que GS II s’inscrive dans le temps, et que plus globalement le hockey amateur genevois se porte le mieux possible.

Nous en profitons pour réitérer nos remerciements à tous ceux qui font que notre club puisse exister. Et nous remercions Planète Hockey pour cette interview qui met en lumière le hockey amateur, et contribue à son avenir.


 

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