Thomas Roost: «Environ un tiers des M18 feront une belle carrière»

28/04/2015 à 10:18:22Bienne, Vincent CriblezArticle vu 4 863 fois
Quelques jours après la superbe 4ème place obtenue par l'équipe de Suisse lors des championnats du monde M18, Planète Hockey s'est entretenu avec Thomas Roost, découvreur de talent et scout pour la NHL. A 54 ans, celui qui travaille également en étroite collaboration avec le HC Bienne dresse un bilan de ces joutes mondiales et livre son avis sur la formation en Suisse.

© Photo Photo Francois Laplante/HHOF-IIHF Images -

Thomas Roost, les joueurs des années 1997 à 1999, qui représentent l'avenir du hockey suisse, viennent de décrocher une belle 4ème place lors des championnats du monde M18 en Suisse. Vous attendiez-vous à une pareille performance?
D'un côté, oui. Il y a beaucoup de talent dans cette catégorie d'âge dans notre pays. D'un autre côté, il faut savoir relativiser: l'équipe a certes terminé 4ème, mais elle a plus perdu de matches qu'elle n'en a gagné. Le système fait qu'une équipe comme la Suisse aurait tout à fait pu jouer contre la relégation si elle avait eu un peu moins de chance. Le fait de jouer la Russie en 1/4 de finale et non les Etats-Unis a également joué en sa faveur, car les Russes ont semblé prendre cette rencontre de haut. Mais je suis ravi du résultat et c'est mérité. L'avenir s'annonce très bon.

A votre avis, combien de ces jeunes hockeyeurs parviendront à décrocher, un jour, un contrat professionnel?
Je pense qu'environ 30% d'entre eux évolueront un jour soit en NHL, soit en NLA. Le reste devra se contenter de la NLB, voire même du hockey amateur. N'oublions pas que ces garçons n'ont que 17 ou 18 ans et que beaucoup de choses peuvent encore se passer dans leur carrière. La statistique montre que seul un tiers des internationaux de cet âge parvient vraiment à percer.

Dans le lot, les noms de Jonas Siegenthaler et Denis Malgin sont ceux qui ressortent le plus...
Oui, évidemment. De mon côté, j'ai presque envie de dire que Siegenthaler est un peu surestimé et que Malgin, lui, est plutôt sous-estimé. Prenons le cas de Siegenthaler: à Zurich, il joue énormément pour son âge, mais il reçoit un rôle très défensif. Marc Crawford lui demande de jouer dur et de bien relancer, rien d'autre. Là, lors des championnats du monde, il a eu beaucoup plus de responsabilités offensives et on s'est aperçu que, par exemple, son tir n'est pas encore au point. Je pense qu'il a les capacités de jouer un jour en NHL, mais seulement comme défenseur avec une mission ultra-défensive.

Quels sont les autres joueurs de ce groupe qui peuvent s'attendre à réaliser une belle carrière?
Mon coup de coeur, c'est Nico Hischier, un Viègeois qui évolue dans les juniors du CP Berne. Il n'a que 16 ans, mais il sait déjà tout faire. J'ai rarement vu un talent pareil. Il lui a juste manqué quelques kilos durant ces Mondiaux, mais c'est normal vu qu'il avait deux ans de moins que ses coéquipiers. C'est assurément un nom à retenir...

Vous connaissez parfaitement le marché européen des juniors puisque vous êtes scout pour la NHL en Allemagne et en Suisse. Que conseillez-vous à un jeune joueur de 18 ans à qui on promet une carrière nord-américaine? Partir le plus vite possible pour s'adapter au hockey de là-bas ou plutôt profiter d'avoir un maximum de temps de jeu en NLA?
Il est impossible de donner une réponse globale à cette question, car chaque cas est différent. Prenez un Roman Josi, qui est aujourd'hui l'un des meilleurs défenseurs du monde. Il n'est parti en Amérique du Nord qu'à 20 ans, et regardez où il est arrivé. Pour moi, la réponse dépend du statut qu'un joueur a dans son club. Si il a beaucoup de temps de jeu, rester une ou deux saisons de plus au pays est la bonne solution. Par contre, si il joue 7-8 minutes par match dans le quatrième bloc, autant partir le plus vite possible.

Et pourquoi, selon vous, de plus en plus de jeunes talents partent très tôt en Suède avant de traverser l'Atlantique? La Suède a-t-elle donc un meilleur système de formation que la Suisse?
Oui, la Suède, en dehors de l'Amérique du Nord, c'est le top au niveau de la formation. Là-bas, ils peuvent compter sur des formateurs d'exception, notamment dans une catégorie d'âge qui oscille entre 12 et 14 ans. C'est à cet âge là qu'un hockey se forme, qu'il va trouver son style. Et là, la Suède est clairement devant la Suisse. Mais attention: il y a aussi des clubs très mal géré en Suède. Il s'agit de trouver la bonne organisation et cela peut vraiment être bénéfique de jouer en Suède quelques années.

Pourquoi n'arrive-t-on pas à mettre le même système en place en Suisse? Est-ce une question de budget?
Non, ce n'est pas une question d'argent. Les clubs suédois ont même plutôt des budgets légèrement inférieurs à nos organisations de NLA. C'est plus une question de culture, là-bas on sait parfaitement comment travailler avec un gars de 12-13 ans. Une récente étude montre que, pour arriver à faire une grande carrière, un joueur dans son plus jeune âge doit réussir à faire mille fois le même geste tout en conservant du plaisir à le faire. C'est la clé, si un gars va à l'entraînement sans motivation et en se disant qu'il en a marre de toujours faire les mêmes choses, il n'y arrivera pas. Cette notion d'entraînement ultra répétitif mais basée sur le plaisir est très présente en Suède ou en Russie.

Cela fait 19 années que vous rendez des rapports sur des juniors pour la NHL. Comment fonctionne concrètement le système?
En fait, je fais office de deuxième avis pour les clubs de NHL. Chaque club de la NHL a ses propres scouts qui sont régulièrement présents en Europe. Mais en plus de cela, l'ensemble des clubs de NHL financent tous ensembles des scouts comme moi qui sont mandaté par la ligue et qui rendent des rapports sur les meilleurs prospects européens. Les General Managers de chaque clubs de NHL ont accès à nos rapports, via une base de donnée accessible par toute la ligue. C'est comme une sécurité pour la NHL, car les clubs ne peuvent vraiment pas se permettre de recruter les mauvais jeunes joueurs.

Que demandent les clubs de NHL dans un rapport de scout? Par exemple, le caractère d'un joueur peut-il être un critère important également?
Oui, il y a d'abord l'aspect sportif, où chaque aptitude comme le tir, le patinage, la technique ou le sens tactique sont évalués. Mais il y a également la personnalité. De mon côté, je travaille avec des questionnaires de profil, comme cela se fait dans une entreprise privée. En général, on arrive assez bien à cerner le caractère d'un jeune joueur, même si encore une fois, à cet âge-là, les choses peuvent vite évoluer.

Durant les 19 dernières années, passées à découvrir les talents de demain, quel est LE joueur qui vous a le plus marqué?
Sidney Crosby, clairement. Je l'ai vu jouer à ses 16 ans, c'était quelque chose. Un talent fou.

Et au niveau des juniors en Suisse, quel fut celui qui vous a le plus impressionné?
Je dirais Luca Cunti. J'irais même plus loin en disant que Cunti était le meilleur européen de sa génération. Malheureusement, les circonstances ont fait que sa carrière n'a jamais vraiment décollé, même si depuis quelques temps il est revenu à un très bon niveau.

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