Timothy Kast: «J’arrive à Genève avec la ferme intention de saisir ma chance»

31/03/2014 à 18:08:53La Chaux-de-Fonds, Kevin VaucherArticle vu 7 461 fois
Timothy Kast y est enfin arrivé et c’est tout seul qu’il a atteint son grand objectif, la NLA. Dès la saison prochaine, il évoluera sous les couleurs du Genève-Servette HC.

© Photo Photo Peter Eggimann -

Mais le chemin a été long et pénible jusque-là. Il en garde d’ailleurs une certaine rancune. N’ayant étrangement jamais été appelé en sélection nationale, Timothy Kast a dû se battre sans relâche et presque sans aide pour gravir les échelons les uns après les autres. Quelques jours après avoir été éliminé par Langnau en demi-finale de play-off avec le HCC, club dans lequel il a brillé durant quatre saisons et demi, l'attaquant se montrait déçu, mais pas abattu.

A l’heure de tourner cette page et d’écrire un nouveau chapitre, il nous a reçu pour évoquer ses diverses (et parfois malheureuses) expériences en NLB, mais aussi le HC La Chaux-de-Fonds, le challenge qui l’attend dorénavant en NLA et son père Jean-Pierre Kast, ancien joueur emblématique de Genève-Servette.

Né le 19 août 1988 à Genève, Timothy Kast baigne donc dans le hockey dès son plus jeune âge. C’est naturellement qu’il enfile la première fois les patins du haut de ses trois ans. Il passe ensuite l’intégralité de ses juniors au GSHC. A 19 ans, il a la chance de disputer 17 matches avec la première équipe en NLA. Il jouera encore 13 rencontres dans cette catégorie avec Genève et Fribourg.

De 2008 jusqu’à mi-championnat de la saison 2009/2010, il fait le bonheur du HC Bâle mais son entraineur (ndlr: Kari Rauhanen) ne lui fait soudainement plus confiance et il demande à son agent de contacter le HC La Chaux-de-Fonds pour proposer ses services. Gary Sheehan, alors coach de l’époque, sent la bonne affaire et l’engage. Il y restera quatre ans et demi et s’impose rapidement comme un des meilleurs joueurs suisses de la deuxième division helvétique. Portrait d’un homme de caractère et d’un joueur pas comme les autres.

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Timothy Kast, vos statistiques personnelles sont excellentes (ndlr: 337 matches, 68 buts-186 assists/254 points), comment définiriez-vous votre style de jeu?
Comme ces chiffres le montrent bien, je suis plutôt un passeur, mais ce n’est pas vraiment un style de jeu. Disons que j’analyse beaucoup ce qui se passe sur la glace et j’essaie d’anticiper au maximum les intentions des autres joueurs. Cela dit, mon jeu a évolué ces dernières années et je trouve plus souvent le chemin des filets, c’est un nouvel atout pour moi. Même si je ne fais pas une fixation sur les points que je réalise, il faut admettre que c’est un critère primordial pour avoir la chance de susciter de l’intérêt chez les clubs de NLA.

Ancien joueur et entraineur de Genève, votre père Jean-Pierre Kast a, dit-on, un petit contentieux avec le HCC. Pouvez-vous nous en dire plus?
(Rires...) Mon père a joué à Genève dans les années 1960, la belle époque du club. Il formait avec Bernard Giroux et André Joris une ligne redoutable. Ils ont été cinq fois vice-champions suisses (ndlr: 1966, 1967, 1968, 1969, 1971) et le HCC les a battu les trois dernières fois. Me voir évoluer dans ce club est donc assez ironique, mais on en rigole. Même s’il est frustré de n’avoir jamais soulevé la coupe, il adore venir aux Mélèzes suivre les matches avec les anciens joueurs de La Chaux-de-Fonds.

Le fait que vous portiez le nom de Kast dans le dos est-il source de pression supplémentaire au vu de la carrière de votre papa?
Non, il y a un tel écart entre son époque et la mienne qu’aucune comparaison n’est possible. Aujourd’hui je porte fièrement le nom de Kast, il faut dire que j’ai aussi porté celui de ma maman (ndlr: Spicher) jusqu’à mes 15 ans. Je ne sais pas si c’était une bonne chose car dès ce changement, je n’ai jamais été sélectionné en équipe nationale juniors. C’est donc une grande fierté pour moi d’avoir réussi à percer malgré tout. Mes deux frères font aussi partie du monde du hockey: mon grand frère Terence officie actuellement en tant qu’entraîneur-assistant dans le mouvement juniors de Berne, tandis que mon petit frère Thurel évolue au sein des juniors Elite A de Genève.

A la fin de sa carrière, Jean-Pierre s’est beaucoup investi dans la formation des jeunes joueurs en Suisse romande en créant notamment l’association des Lynx de Suisse Romande en 1983. Pouvez-vous nous en dire plus?
En 1983, alors qu’il était responsable de la formation en Suisse romande au sein de la Ligue, il a créé la première sélection des Lynx pour participer au tournoi international Pee-Wee de Québec. Pendant 30 ans, il a beaucoup donné de temps et d’énergie avec mon frère Terence pour développer les voyages afin que les jeunes puissent rencontrer des joueurs de NHL comme Mark Streit par exemple. Malheureusement, l’association est aujourd’hui en stand-by. Etrangement et sans raison objective, l’organisateur du tournoi a refusé de donner une accréditation aux Lynx de Suisse romande en 2012. Ils ont préféré offrir cette accréditation à une autre équipe. S’agit-il d’un putsch? Tout le laisse à penser en tout cas. J’ai surtout mal pour mon père qui a mis 30 ans à créer quelque chose que l’on a détruit en un claquement de doigt.


© Photo Photo Kevin Vaucher
Comment jugez-vous votre carrière jusqu’ici? Avez-vous atteint vos objectifs?
J’espérais évidemment atteindre la NLA, même si je ne me suis jamais réellement fixé de buts précis. Le principal a toujours été que je puisse vivre de ma passion. Mon rêve n’était pas de devenir médecin ou avocat, mais de gagner ma vie en faisant ce que j’aime. Mais à chaque étape, il y a de moins en moins de joueurs retenus et c’est en passant ces étapes que les objectifs apparaissent vraiment. J’ai eu la chance que le HCC m’offre une belle et longue rampe de lancement vers la NLA. Je suis très reconnaissant envers Gary Sheehan notamment. Maintenant je souhaite m’imposer dans la grande ligue afin de donner tort à ceux qui ne m’ont pas fait confiance.

Les jeunes Suisses quittent de plus en plus tôt leur club formateur pour finir leur développement en Amérique du Nord. Cela ne vous a pas attiré?
Pas vraiment non. Je n’avais pas les moyens de le faire et comme je n’étais pas sélectionné en équipe suisse junior, c’était tout bonnement impossible d’attirer l’attention. Les joueurs suisses avaient en plus un grand déficit physique par rapport aux Américains ou aux Canadiens. Mais les clubs suisses ont peu à peu pris conscience de cette lacune et ils ont fait de gros efforts en ce sens. Personnellement c’est seulement à 17-18 ans que j’ai compris l’importance d’avoir un bon gabarit. Comme j’avais de la facilité par rapport aux autres, je pensais que cela suffirait. Mais seul le travail est un gage de réussite.

Vous avez donc toujours joué un rôle important en juniors?
Oui, si ce n’est lors de ma première année de Juniors Elite à Genève. L’entraineur d'alors, Dany Gelinas, m’a envoyé jouer en Juniors Top à Meyrin. Tous les jours à 18h00, je prenais mon scooter avec mes cannes et mon sac sur le dos et je filais à Meyrin alors que la majorité de mes copains restaient à Genève. A l’époque je n’ai pas compris ce choix, mais aujourd’hui la blessure est pansée et cet épisode m’a énormément endurci.

Lors de la saison 2008/2009, vous signez avec le HC Bâle. Pourquoi ce club?
C’était la seule offre de ligue nationale que je possédais. Comme je sortais des Juniors Elite de Genève, les clubs ne se poussait pas au portillon pour m’engager. Bâle venait d’être relégué en NLB: ils ont engagé ce qu’il restait sur le marché , c’est-à-dire deux étrangers et des jeunes de 20 ans pour placer à leurs côtés. Cela tombait à pic pour moi. J’ai bénéficié d’un temps de jeu conséquent, chose qui est primordiale à ce moment-là d’une carrière. Pour la première saison loin de chez moi, j’étais content de mes performances (ndlr: 38 matchs/31 points).

Et pourtant vous décidez de vous lier avec le HCC au cours du championnat 2009/2010. Qu’est-ce qui vous a poussé à rompre votre contrat avec le HC Bâle?
J’ai eu un problème relationnel avec mon coach Kari Rauhanen. J’ai compris qu’il ne me ferait jamais confiance. Il fallait absolument que je reparte à zéro avec un nouveau club. Comme j’ai vu que le HC La Chaux-de-Fonds devait faire face à un nombre considérable de joueurs blessés, j’ai pris l’initiative de proposer mes services. Gary Sheehan s’est montré particulièrement enthousiaste et j’ai donc décidé de rejoindre son groupe. Encore une fois, j’ai bénéficié d’un timing parfait étant donné que les dirigeants cherchaient des joueurs pour remplacer leurs blessés. J’ai intégré une équipe soudée dans laquelle j’ai dû trouver ma place et montrer ma bonne volonté. Mon intégration s’est bien déroulée et comme l’entraîneur me faisait confiance, j’ai continué l’aventure pendant plus de 4 ans avec eux.

Quatre saisons durant lesquelles vous progressez de façon constante sans qu’un contrat de NLA ne vous soit proposé. Aviez-vous perdu espoir?
J’ai eu quelques discussions avec des clubs de NLA mais rien de concret. J’ai effectivement franchi plusieurs paliers, mais chaque année qui passait sans que cela ne suffise me faisait bien sûr douter. J’ai pourtant continué à travailler, car j’étais conscient que je pouvais encore progresser. Cela a finalement payé. Le fait que j’ai porté le maillot de topscorer a peut-être aidé mais j’espère qu’ils ont aussi décelé d’autres qualités. Petit, je rêvais de porter ce casque et ce maillot, car je les trouvais beau. Aujourd’hui, je suis fier de l’avoir fait même si depuis que je porte ce maillot, je suis bizarrement plus chahuté dans les bandes (rires...).

Fin janvier 2014, alors que l’équipe flirte avec la barre à quelques matchs de la fin du championnat, le directoire décide de se séparer de Kevin Primeau pourtant encore au bénéfice d’une année de contrat. Une décision inéluctable?
Oui, il fallait que les choses bougent. Primeau n’est pas parvenu à s’adapter au groupe. Le gros problème venait de la communication -ou plutôt du manque de communication- et ceci à tous les échelons (dirigeants-entraineur, entraineur-joueurs, joueurs-dirigeants). Malgré tout l’ambiance était bonne dans le vestiaire, un peu trop bonne même. Il aurait fallu que quelqu’un nous donne un gros coup de pied là où vous savez. Celui-ci est finalement venu des dirigeants lorsque l’on a appris le licenciement de l’entraîneur. Les joueurs l’ont pris comme un signal fort. Chaque joueur a compris qu’il fallait augmenter son rendement s’il ne voulait pas être le prochain sur la liste.

C’est un duo d’entraineur formé d’Alex Reinhard (ex-Langnau) et de Bernard Bauer (ex-assistant de Primeau) qui a été appelé à la rescousse du HCC. Qu’est-ce qu’ils ont changé concrètement?
Les deux sont très complémentaires. De par son expérience, Bernard s’occupe plutôt du jeu défensif. Alex joue plus le rôle de meneur d’hommes. Il sait tirer le meilleur de ses joueurs en leur offrant toute la confiance nécessaire à leur épanouissement sur la glace. Il communique énormément avec eux et est très à l’écoute. Ils ont su redonner confiance à un groupe qui en manquait cruellement. Le processus a pris un peu de temps, mais la réaction est finalement venue.

Une réaction qui vous a permis d’arracher in-extremis votre qualification pour les play-off avant d’éliminer le premier du championnat régulier en quart de finale, Olten. Peut-on qualifier votre demi-finale de miraculeux?
Non je ne crois pas. Nous avons toujours eu beaucoup de potentiel dans cette équipe: il suffisait juste de raviver la flamme. Du coup, nous n’étions pas forcément à notre place (8ème) au terme de la saison. De plus, même si on a perdu beaucoup de matches, on a rarement été battu avec plus de deux buts d’écart. D’ailleurs, on a fini avec la troisième meilleure attaque et la cinquième meilleure différence de buts. L’équipe s’est définitivement soudée et rebiffée après la claque 7-1 reçue par Olten lors du premier match de notre quart de finale.


© Photo Photo Kevin Vaucher
Le regard tourné en direction de Genève
La saison prochaine vous évoluerez sous le chandail de Genève-Servette. Quels sont les sentiments qui prédominent avant ce retour dans votre club formateur?
Cette ville représente toute ma jeunesse, j’y ai mes repères et ma famille. Jouer pour son club est une immense fierté, donc j’avais évidemment envie d’y revenir. Toutefois, je n’oublierai pas non plus le HCC qui m’a fait prendre mon envol. Je dois beaucoup de choses à ce club et je le sais. Je pense que mon père sera très ému de me voir porter le maillot grenat et que je suive ainsi ses traces. J’ai acquis suffisamment de bagage pour m’y faire un prénom.

Ne pensez-vous que votre petit gabarit (178 cm pour 79 kilos) sera un handicap pour vous imposer en NLA, surtout que le système de jeu genevois ne néglige pas le côté physique?
Non, Genève possède déjà de gros gabarits. Je peux m’appuyer sur d’autres atouts, en particulier ma vitesse, mon agilité technique et mon sens du jeu. Ces qualités sont aussi importantes en NLA. Je me suis toujours très bien «fondu» dans un système jusque-là. Chris McSorley connaît bien mes qualités, et c'est pour celles-ci qu'il m'a engagé. C'est un beau challenge pour moi de prouver que je mérite ma place.

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Quizz La Chaux-de-Fonds/Genève

La plus belle ville:
Genève

La plus belle patinoire:
La Chaux-de-fonds

La plus belle ambiance:
Genève car c’est de la NLA et qu’il y a plus de matches chauds qu’en NLB.

Une chose qu’un Genevois possède, mais pas un Chaux-de-Fonnier:
Le jet d’eau

Une chose que vous vous réjouissez de retrouver à Genève:
Le jet d’eau (rire)

Le joueur du HCC qui vous manquera le plus:
Michael Bochatay pour son positivisme. Il comprendra.

Le joueur de Genève que vous vous réjouissez de rencontrer:
Frédéric Iglesias que je connais déjà.

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