Le hockey maltraité à la télé? Cette fois-ci... je parle!

16/05/2022 à 14:02:15Planète Hockey / Philippe Ducarroz   source : commentaireArticle vu 3 111 fois

Commentaire

Télévision

Il faudra juste apprendre à zapper un peu plus

COMMENTAIRE, Philippe Ducarroz

Il n'y a pas un jour (non, non, je ne suis pas Marseillais) sans que l'on m'aborde pour me demander pourquoi-ci, pourquoi-ça en matière de hockey à la télévision. Pour rappel, outre le fait que je suis devenu indésirable chez Blue (ex-Teleclub) depuis maintenant un an officiellement (mais depuis beaucoup plus longtemps en réalité) et que mes dernières apparitions encore estampillées... TSR datent de presque vingt ans, me voici devenu plus spectateur que "décideur".

Un bien diront certains - je l'accepte - mais aussi un manque diront d'autres. Je les en remercie. Outre le fait qu'un devoir de réserve vis à vis de mes anciens employeurs soit encore de mise, que pourrais-je apporter de plus au "débat" (mais y en a-t-il vraiment un?) sur la présence du hockey sur nos écrans helvétiques? Tout au plus me demande-t-on souvent de faire part de mon sentiment. OK, je me lance. Ce sera long, mais le sujet est vaste...

Contenter tout le monde? Impossible.

De toute façon, la télévision - fédératrice sur les grands évènements - reste aussi un monde complexe où intérêts divers se mélangent. Et le hockey sur glace se situe justement dans une catégorie hybride qui regroupe intérêt évident du grand public, mais audiences (le nerf de la guerre) pas garanties.

Me revient en mémoire une pique de Massimo Lorenzi, le boss des sports de la RTS, m'adressant la parole lors d'une soirée de l'Aide Sportive Suisse il y a quelques années et qui me lâche: Les audiences du hockey à la TSR ont commencé à baisser le jour où tu es devenu le patron de la rubrique.

Outre le côté inutile du propos à ce moment-là (et toujours à la recherche des chiffres le prouvant), je dois - avec le recul - me poser une vraie question: alors qu'il n'y a jamais eu autant de hockey sur le service public qu'au moment où je défendais ses intérêts à l'écran (instauration de plateaux plus réguliers entourant les matches, accompagnement et émissions spéciales autour de l'équipe de Suisse lors des mondiaux à l'étranger, diffusion de matchs de ligues inférieures en direct avec des clubs romands et très peu de caméras - le producteur Patrice Masset s'en souvient toujours! - ou introduction de rubriques régulières comme les "Rondelles" dont on me parle encore aujourd'hui), Lorenzi n'avait-il pas finalement un peu raison? N'en faisions-nous pas un peu trop?

Pour quelques passionnés seulement?

Et si les journalistes passionnés de hockey à l'époque qui avaient emboité le pas des Bernard Vité et autres Eric Willemin ne s'étaient-ils pas ménagés un programme professionnel à la carte, formé une sorte de caste défendant le hockey sur glace contre toute logique télévisuelle? Le vrai passionné qu'était, outre votre serviteur, Christophe Cerf, ne s'époumonait-il pas pour satisfaire ses propres envies? Un Cerf respecté dans le milieu mais écarté voici 10 ans pour le cantonner dans le football.

Car le constat pouvait être amer: beaucoup d'énergie à déployer en séance(s) pour obtenir des moyens sur le hockey... et à l'arrivée des audiences de bonnes à faibles, voire très faibles selon l'affiche. Même en playoffs. Avec une constante: si le fan de hockey romand dit aimer tout le hockey, il ne le prouve pas lorsque Lausanne, Fribourg ou Genève (éventuellement désormais Ajoie et Bienne) ne sont pas concernés.

Il ne faut donc pas s'étonner de voir la RTS reléguer le hockey au second plan lorsque le foot entre en concurrence. Le discours de Lorenzi tient donc la route. Évidemment, pour se donner bonne conscience, le service public vous propose en streaming certains matchs non-diffusables sur ses deux canaux, mais les audiences très faibles (quoiqu'elle en dise) donnent encore plus d'arguments à ceux qui jugent le hockey trop envahissant en période de playoffs.

Sur ce coup, pas de compromis

En Suisse, on le sait, tout est affaire de compromis. Surtout dans le milieu de la TV. On essaie de ménager la chèvre (la SRF) et le chou (la RTS et la TSI) si l'on parle du service public. Côté diffuseurs privés (Blue, MySports), on veut faire croire que la Romandie est aussi importante que la Suisse alémanique. 

Mais ce n'est que poudre aux yeux: la toute-puissance venue de Zurich et environs n'a que peu d'estime pour les régions "périphériques". La loi du nombre est implacable dans leur esprit: sans la Suisse alémanique, le hockey télévisuel n'existerait pas. Et au diable les différences culturelles.

Pourtant, je ne crois trahir aucun secret en dévoilant qu'une part de marché non-négligeable des abonnements Teleclub à l'époque provenait de... Suisse romande. Beaucoup, beaucoup plus que la traditionnelle clé de répartition selon les régions. Du côté de Volketswil (où se trouve la rédaction alémanique de Blue/Teleclub), il y a des évidences que l'on a préféré enfouir dans des explications aussi nébuleuses que de mauvaise foi. Bref...

Des propos qu'on m'a toujours reprochés, sauf lors de mon engagement à Bluewin TV un beau jour de 2006. J'ai été le bâton dans fourmillière, engagé pour repenser le tout. Stephan Sager et Roger Feiner l'avaient compris. Les deux grands dirigeants de Teleclub ont quitté la chaîne: le propriétaire a revendu ses parts, le directeur est parti dans un premier temps à... MySports, poussé par celle qui allait prendre sa succession. Sans faire évoluer le projet d'un iota (sauf en foot). Pour moi, le début de ma fin.

Il ne faut donc pas s'étonner que Teleclub ait perdu les droits du hockey au profit d'UPC/MySports il y a quelques années. Pour ne pas avoir su développer son produit et fait preuve de naïveté au moment de l'attribution des droits, Teleclub a perdu la mise et le hockey suisse beaucoup beaucoup de visibilité.

Car autant les audiences de Teleclub étaient très honnêtes, autant celle de MySports se sont, au début, révélées catastrophiques. Grande différence: MySports s'est alors concentrée sur un produit quasi-unique pour gentiment s'approprier cette image de "Home of Hockey". Et ça a marché.

La SSR s'est couchée devant les privés

Au moment de renégocier les droits TV pour les cinq prochaines années, la SSR s'est couchée devant les privés. Alors oui, Lorenzi peut jouer les pleureuses au grand énervement de son successeur Léman Bleu, mais le chef des sports doit d'abord en rechercher la responsabilité du côté de sa maison-mère.

Si l'octroi des droits de diffusion était possible pour la Suisse romande et le Tessin (toujours ce dédain de la part des détenteurs de droits alémaniques, même privés, vis à vis des Latins), il était hors de question que SRF puisse avoir accès aux images, dit la SSR. Donc, au nom de la soi-disant solidarité nationale, c'est tout le service public qui s'est pénalisé tout seul. Souvenez-vous: il y a quelques années, lorsque la RTS et la TSI diffusaient le dimanche des matchs du championnat suisse de foot, C'est SAT1 qui diffusait en Suisse alémanique!

L'origine de cet échec cuisant pour la SSR est à rechercher il y a plusieurs années déjà lorsqu'elle pouvait développer à sa guise un produit porteur, mais que dans sa position monopolistique elle n'a jamais voulu améliorer. Lorsque j'ai quitté mon poste de rédacteur en chef-adjoint des Sports à la TSR pour rejoindre ce qui s'appelait alors Bluewin TV, déjà le risque de voir le hockey et la Ligue des Champions de football se développer ailleurs que sous le giron du service public était grand. Je les avais prévenus, fort de quelques informations inédites.

La RTS n'a pas voulu le voir, trop sûre de sa supériorité manifeste. D'ailleurs, sa réaction souvent condescendante vis à vis de Bluewin TV à ses débuts démontrait bien l'immobilisme d'un diffuseur qui a refusé de voir l'inéluctable se passer. Critiqués, raillés par certains responsables genevois, une large partie de ceux qui ont débuté l'aventure Teleclub à mes côtés sont... à la RTS (Berset, Andrey, Juttens, Lemos). 

Du hockey pour les insomniaques

Désormais, pour tous ceux qui resteront uniquement fidèles au service public, il faudra vraisemblablement attendre au-delà de 23 heures pour voir des extraits de matchs lors de chaque soirée. Entretemps, les privés auront analysé, décortiqué, diffusé, rediffusé et re-rediffusé des images que personne ne verra sur les chaînes de la SSR puisque les chiffres montrent très clairement qu'à cette heure-là, tout le monde ou presque est parti se coucher.

Certains pourront ainsi continuer de dire que le hockey, à de rares exceptions, ça ne marche pas en télévision et en profiteront encore pour fustiger ces diffuseurs qui n'aiment le sport que parce qu'il permet de faire des abonnements de téléphone. C'est peut-être vrai, la facture est d'ailleurs importante pour ces sociétés qui perdent de l'argent en diffusant du sport. Mais qui s'y retrouvent tout de même sur le long terme.

La situation actuelle

Au jour d'aujourd'hui, où en est-on? MySports détient les droits et s'est trouvé des partenaires en Suisse alémanique (TV24), en Suisse romande  (Léman Bleu) et au Tessin (Teleticino) qui diffuseront "gratuitement" un match tous les dimanches. A cela s'ajoutera en streaming un match le mardi sur Blick TV. La SSR attendra des extraits pour 23h. Apparemment, un premier bilan sera tiré d'ici deux ans.

Actuellement, le service public diffuse le mondial de hockey. Elle va le garder en ouvrant son plateau (pas toujours en début de match, un comble!) à Genève avec des consultants et un intervieweur sur place pour les rencontres de la Suisse. Version minimale, donc, du dispositif d'il y a 20 ans. Et elle sera encore présente pour la Coupe Spengler, un beau tournoi qui valait à l'époque pour son côté exceptionnel. Admettons que dans la masse des matchs de haut-niveau, le tournoi (que j'adore, toute ma jeunesse!) l'est encore un peu.

Blue Sports a complètement lâché le hockey sur glace. Il lui restait la Champions Hockey League et la NHL. Elles ont fait leurs adieux au diffuseur de Swisscom avec pas grande monde pour les défendre à l'interne. Quant à la Coupe de Suisse, comme elle n'existe plus, voici une contrainte de moins pour un diffuseur dont la diversité de l'offre ne l'est plus qu'au niveau football. Plus du tout de hockey ne veut pas dire abonnement moins cher pour autant.

Reste donc MySports comme diffuseur No 1 de hockey sur glace. Une position qu'il mérite. Pour avoir été spectateur assidu depuis mon départ de Blue, il faut louer le travail d'un autre ex-Teleclub, Alex Burkhalter. Étaient aussi partis chez le concurrent des commentateurs historiques et j'avoue avoir eu de la peine à l'accepter pour certains. Aujourd'hui, je les vois s'éclater sur un diffuseur qui n'a cessé de regarder vers l'avant. Ils ont donc eu raison.

Ailleurs, on s'est contentés de positions dominantes: d'abord la SSR vis à vis de BluewinTV/Teleclub, puis la chaîne appartenant à Swisscom via à vis de MySports. A l'arrivée, le hockey sur glace bénéficie d'une belle plateforme payante et de plus de matchs gratuits à regarder (au moins deux par semaine). La visibilité, là encore, va quand même en pâtir (on ne remplace pas la RTS du jour au lendemain), mais cette fois-ci ce sera au télespectateur de s'adapter: apprendre à zapper, ce n'est pas si difficile malgré des habitudes bien ancrées.

Et Planète Hockey dans tout ça?

Je ne suis pas aveugle non plus: peut-être que la nouvelle donne du hockey suisse aura de l'influence sur votre site Planète Hockey. Pourrons nous encore bénéficier de Highlights de National League et de Swiss League (nous avons maintenant deux entités différentes)? Quels seront les accès possibles pour pouvoir au mieux couvrir une actualité qui ne s'arrête presque jamais? En aurons-nous les moyens?

Quelques points d'interrogations que nous essaierons aussi de lever bientôt, votre site spécialisé réunissant en moyenne 30'000 lecteurs quotidiens (clairement le No 1 en Suisse romande, voire même un peu plus loin, les chiffres sont publics chez nous). Planète Hockey veut demeurer un acteur incontournable de la scène hockeyistique qui, au contraire de poids lourds des médias télévisuels, s'y prépare depuis pas mal de temps.

* Les propos tenus dans cette rubrique ne reflètent pas forcément l'avis de la rédaction et n'engagent que leur auteur.


 

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